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02/12/2014

ENTRETIEN AVEC...

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Alain de Benoist

 

Entre les uns qui veulent les abolir et les autres qui entendent les restaurer, les frontières semblent s’être réinvitées au cœur du débat politique ?

La " frontière" est à l’origine un terme militaire, qui désigne tout simplement la ligne de front et qui n’apparaît qu’assez tardivement (on se contentait auparavant de parler de "confins"). Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle, dans le contexte de la formation des États nationaux, puis avec la généralisation du modèle westphalien (1648), que le terme acquiert le sens politique et juridique que nous lui donnons. La frontière délimite alors le territoire sur lequel s’exerce l’autorité souveraine de l’État. Elle garantit du même coup l’identité de ceux qui vivent à l’intérieur de ce territoire, en leur permettant de jouir d’un mode de vie partagé. La frontière est par ailleurs une notion tellurique, liée à la logique de la Terre. Les "frontières maritimes" ne sont en effet que des conventions arbitraires, dont la définition dépend de l’existence de territoires terrestres, îles et littoraux (les "eaux territoriales").

Les frontières existent toujours. Dans son bel Éloge des frontières, Régis Debray signale même que, depuis 1991, tandis que la mondialisation progressait à grands pas, 27 000 km de frontières nouvelles ont été créés en Europe en en Eurasie. "La plupart des peuples, ajoute-t-il, entretiennent avec leurs limites un rapport émotionnel et quasiment sacré". Le problème, c’est que les frontières n’arrêtent plus grand-chose, ni les programmes d’information, ni les technologies, ni les flux financiers, ni les marchandises ou les migrations humaines. Elles étaient des écluses, elles deviennent des passoires. Elles restent pourtant indispensables sur le plan politique : il n’y a de démocratie possible qu’à l’intérieur de frontières territoriales déterminées, car c’est seulement dans un tel cadre qu’il est possible de distinguer entre citoyens et non-citoyens. "C’est à la frontière d’assurer la paix en permettant à chaque peuple de connaître et de faire connaître, de délimiter, de faire respecter et de défendre ses droits", écrit Hervé Juvin dans La grande séparation.

 

Faites-vous un distinguo entre les frontières naturelles et celles ne devant leur légitimité qu’au compas des géomètres, au Moyen-Orient ou en Afrique noire ?

C’est surtout à partir de la Révolution que se développe l’idée de "frontières naturelles", en particulièrement chez les Jacobins qui, acquis à l’esprit de géométrie, veulent faire de la nation un espace rigoureusement unifié. Le 31 janvier 1793, Danton assure que "les limites de la France sont marquées par la nature", laissant ainsi croire à une sorte de prédestination naturelle (ou providentielle) de l’Hexagone. Très en vogue au XIXe siècle, cette idée est aujourd’hui en grande partie abandonnée. La géographie physique explique beaucoup de choses, mais elle n’explique pas tout. Les grands fleuves, comme le Rhin, longtemps considéré comme la "borne naturelle des Gaules", unissent les peuples des deux rives autant qu’ils les séparent, comme c’est aussi le cas du Nil. Il en va de même de la plupart des chaînes de montagne : le peuple basque vit aujourd’hui des deux côtés des Pyrénées. Les mers elles-mêmes sont des frontières naturelles toutes relatives, comme le montre l’existence d’une "civilisation méditerranéenne". Les véritables frontières naturelles relèvent en fait plutôt de la géographie humaine : ce sont celles qui séparent des peuples ou des cultures sociales-historiques distinctes.

Il est au fond plus facile d’identifier les frontières artificielles. À la fin de la Première guerre mondiale, le démantèlement des empires austro-hongrois et ottoman a créé des nations nouvelles totalement artificielles, comme la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie. Sous pression américaine, la carte de l’Europe fut ainsi redessinée. On sait ce qu’il en est advenu.

 

Certains militants européens souhaitent supprimer les frontières intra-européennes sans pour autant les renforcer à l’extérieur. Angélisme, suicide ou syndrome d’un Vieux monde fatigué ?

Un peu de tout cela sans doute. Mais le "sans-frontiérisme" me paraît moins développé chez les « militants européens » (qui, pour la plupart, sont parfaitement conscients des frontières de l’Europe) que chez les libéraux, dont le mot d’ordre a toujours été la maxime attribuée à Vincent de Gournay : "Laissez faire, laissez passer". Depuis ses origines, le capitalisme est un système qui pousse à la suppression des frontières, puisqu’il est dans son essence d’aspirer à un libre marché toujours plus vaste. Tout ce qui fait obstacle à cette expansion doit être supprimé. Une certaine gauche qui se présente souvent comme « radicale », mais qui est en fait acquise aux idées libérales, aspire elle aussi à faire disparaître les frontières, qu’elle juge "archaïques" et dépassées. Le but est de créer un homme hors-sol, délié de toute appartenance, ouvert à tous les mélanges, à toutes les hybridations. Un monde de "citoyens du monde", qui oublient seulement qu’on ne peut être citoyen que d’une entité politique et que le "monde" n’en est pas une. On pourrait dire qu’avec le "sans-frontiérisme", la logique de la Terre s’efface au profit de celle de la Mer, qui ne connaît que des flux et des reflux.

 

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier 

09:56 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

21/11/2014

DONS AUX OEUVRES...

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Kolossale farce ?!?

 

En ces temps de déclaration fiscale, nous voici de nouveau devant une farce à la française, telle que le dirigisme on invente sans arrêt. Ce sont les dons à "certains organismes d'intérêt général". Au départ, il semble d'un intérêt minime de s'en occuper. En fait, à observer le système, il étend ses tentacules fort loin. 

La paupérisation du peuple français réalisée, au fil des années, par les pouvoirs de toutes obédiences, en est la base ; nos lecteurs savent fort bien d'où provient cette paupérisation, à savoir principalement des impôts et réglementations, ceci sur fond de cupidité des manipulateurs du sommet. Certes, la plupart d'entre eux peuvent imaginer échapper à cette paupérisation, n'étant pas à ranger dans la catégorie des pauvres. Bien que supportant l'écroulement permanent de la richesse nationale, ils s'y habituent en la gérant plus ou moins ; ils ne s'aperçoivent pas, par exemple, qu'eux-mêmes abandonnent telle ou telle action généreuse à laquelle ils se livraient auparavant : nous voici donc en plein dans le problème.

 

ASSISTANAT

Aux impôts et réglementations, s'ajoute pour nous ruiner l'assistanat, qui se traduit par des sommes phénoménales souvent citées par nous. Cet assistanat a une conséquence particulière ; les gens enregistrent que l'État prend en charge les démunis et précisément avec les impôts qui les ruinent : les voici débarrassés de l'idée charitable de secourir ces démunis !

Aux USA, immense continent sensiblement plus libre que la France et donc plus riche, la générosité publique est bien plus développée que chez nous : 5 % du PIB américain est consacré à des actions charitables !

Voulant corriger les effets pervers de ses propres actions, le pouvoir a donc imaginé la possibilité de déduire des impôts les dons en faveur "de certains organismes d'intérêt général". Le résultat inévitable est une obscure usine à gaz.

 

LES DETAILS

En septembre 2013, un palier nouveau fut franchi dans le nuage de l'usine à gaz. 

Il y avait jusqu'alors 12 catégories d'associations bénéficiaires, chaque catégorie ayant son régime particulier extraordinairement complexe ; le reçu à envoyer comportait une demi page ; depuis lors, il comporte une grande page 21x24. A lire attentivement la raison, elle est toute simple : les 12 catégories d'associations sont devenues 24.

Elles portent souvent des noms absolument obscurs : "entreprises adaptées", "entreprises d'insertion"  ou "entreprises de travail temporaire d'insertion". Une catégorie est assortie d’un nom qui est bien trop long à citer : il y est question de la fondation du patrimoine et d'un lien avec les propriétaires des immeubles.

Le chef-d'oeuvre de la "bourreaucratie" se lit dans une petite notice d’une demi page. "Cette disposition fiscale concerne uniquement les organismes qui satisfont aux critères définis par les articles 200, 238 bis et 885, etc. du code général des impôts." Pour que les victimes comprennent bien, ils leur est conseillé de s'assurer qu’ils répondent aux critères visés ; ceux-ci se référent à un nombre d'articles considérables du livre des procédures fiscales. Et même, s'ils ont des insomnies, ils peuvent s'en rapporter au bulletin officiel des impôts dont la lecture doit être particulièrement attrayante. 

Nous gardons pour la fin le coup de fouet que nous citons en entier : "si les organismes bénéficiaires de dons délivrent à tort des reçus fiscaux, ils s'exposent au paiement d'une amende fiscale égale à 25 % des sommes indûment mentionnées sur ces documents" (article 1740 à du C.G.I.).

 

LES EFFETS DESTRUCTEURS

Les effets destructeurs de cette farce bien française peuvent être détaillés.

D'abord, l'incroyable surcharge administrative disséminée dans un grand nombre de bureaux et dont personne ne peut connaître le coût total. Ensuite, se trouve l'assèchement de la générosité privée déjà signalée plus haut. A citer également l'expropriation du temps privé qui est un véritable esclavage et n’est jamais mise en lumière. Chacun, selon les principes du droit naturel, est propriétaire de son temps : le dirigisme vole aux gens leur temps en imposant des démarches et formalités insupportables. Les dirigeants des associations sont obligés de remplir ces formalités pour obtenir la maigre consolation de permettre à leurs cotisants de déduire les cotisations de leurs impôts : remplissage des reçus, envoi et classement. Le nombre d'heures ainsi volées est absolument immense et compte à son tour dans la paupérisation de la France.

La dégradation morale s'ajoute. Nous recevons tous des documents d'associations réclamant à juste titre notre aide ; très souvent, dans ces documents, il nous est dit que pour donner 100 euros nous ne dépenserons que 34 euros ; dans la plupart des cas, c'est pur mensonge ; contraindre les victimes à mentir est l'effet de cette usine à gaz.

Enfin, voici le degré suprême de la dégradation morale : les victimes, à savoir les donateurs et les dirigeants d'associations, se réjouissent souvent du système, ignorant que c'est une véritable farce remplie de mensonges et de pièges. Convaincre les victimes de bénir leurs chaînes est le rêve de tous les totalitarismes.

Bien sûr, personne n’en veut aux honnêtes fonctionnaires qui, a la base, se livrent à ce travail destructeur. La responsabilité totale repose sur les élus et leurs compagnons de route qui depuis des décennies, s'activent pour consolider cette arnaque et bien d'autres du même type.

 

Pasteur Blanchard 

10:21 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

18/11/2014

ENTRETIEN AVEC...

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 Renaud Camus

   

Marine Le Pen, dans une interview au JDD parue ce dimanche, estime que "le concept de grand remplacement suppose un plan établi. Je ne participe pas de cette vision complotiste". Fait-elle, selon vous, une interprétation erronée de votre analyse ?

Totalement erronée, en l’occurrence ; et ce n’est pas "selon moi", parce que mon analyse, je la connais, et il n’y est nulle part question du moindre complot. J’ai beaucoup de respect pour Marine Le Pen, j’admire son courage, sa détermination, son patriotisme et son sens politique mais, sur ce point particulier, c’est son sens politique qui lui joue des tours. Elle aura voulu, j’imagine, par prudence, ne pas paraître assumer un syntagme, Grand Remplacement, dont elle a craint qu’il ne parût trop radical. Hélas, ce n’est pas l’expression Grand Remplacement qui est radicale, c’est la sinistre réalité de ce qu’elle désigne. Le Grand Remplacement n’est pas une théorie, ce n’est pas un concept, à peine une notion, moins encore un fantasme, comme dit la presse remplaciste, ou une "vision complotiste". Plût au ciel que ce fût tout cela, et rien d’autre ! C’est ce que nos yeux constatent tous les jours et que les sociologues de cour s’acharnent à nier : le simple fait que dans nos rues, nos rames de métro, nos écoles, nos écoles maternelles et nos maternités surtout, sur des pans entiers du territoire, il y avait un peuple et que, à sa place, il y en a un ou plusieurs autres.

Accuser tel ou tel d’entretenir une "théorie du complot" ou une "vision complotiste", c’est un vieux procédé rhétorique de journalistes qui ne connaissent pas leur dossier pour déconsidérer des thèses qu’ils veulent étouffer. Je regrette de voir Marine Le Pen y avoir recours, comme si elle voulait se concilier les remplacistes : une tâche impossible. Je n’ai jamais parlé de complot. On me reproche au contraire, en général, d’être flou sur les causes du Grand Remplacement. Et là c’est moi qui suis prudent, car j’essaie d’unir, pas de diviser. En fait je crois à un faisceau convergent d’intérêts et d’interdits qui, tous, tendent à la fabrique de l’homme remplaçable, interchangeable à merci. Mais si je ne devais nommer qu’une seule cause elle me vaudrait un point Godwin, car je dirais : Hitler. À force d’opérer et de réopérer l’Europe du cancer hitlérien, on lui a enlevé la plupart des organes indispensables à sa survie.

 

Son directeur de cabinet, Philippe Martel, répondant à Aymeric Caron, a tweeté que "le grand remplacement n’est pas une théorie, c’est un phénomène démographique". Cela ne peut pas être les deux choses en même temps ?

Je suis, comme d’habitude, entièrement d’accord avec mon vieil ami Philippe Martel, ou lui avec moi. Parler de "théorie" ne sert qu’à se rassurer. La conquête coloniale de l’Afrique au XIXe siècle, le Grand Dérangement des Acadiens au XVIIIe, l’Occupation de la France par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, ce ne sont pas des théories : ce sont des phénomènes historiques.

 

Pour contester vos propos, ou ceux qui déplorent les conséquences d’une immigration massive, on cite toujours les statistiques de l’INSEE. Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’OCDE, estime qu’en terme de "flux récents d’immigration", la France est parmi "les pays occidentaux où les niveaux sont les plus bas". Qui a tort, qui a raison ?

J’ai eu souvent l’occasion de le dire : sociologie et statistiques sont au remplacisme ce que la biologie lyssenkiste était au stalinisme. Il faudra un jour se demander pourquoi l’expression sociologue de cour est devenue un pléonasme, pourquoi il n’y a pratiquement plus de sociologie qu’au service du pouvoir et non seulement du mensonge mais de la négation acharnée de la réalité, qu’il s’agisse de l’École ou de l’État : le niveau monte et il y de moins en moins d’immigrés. Au citoyen hébété, aveuglé par la glu statistico-sociologique, il faut hurler, comme Féofar-Khan à Michel Strogoff :

 

"Regarde

de tous tes yeux !

     regarde !" 

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11/11/2014

LES ANGLO-SAXONS ET LEURS SATELLITES...

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 Sont assiégés 

 

Les décisions prises les 16 et 17 octobre dernier au sommet de Fortaleza par les BRICS sont d’une importance capitale. Alain de Benoist, dans un excellent entretien , a raison de le souligner. En quelques lignes, tout est dit.

Tous ceux qui, dès le choc initial des subprimes, ont indiqué que nous n’étions pas seulement confrontés à une crise financière d’une ampleur exceptionnelle, mais bien plutôt au tout début d’une crise géopolitique majeure, voyaient juste. Nous y sommes. Sur fond de "montée des périls", pour reprendre l’expression qu’utilisait Jules Romains dans les "Hommes de bonne volonté" à propos d’une autre période tourmentée de notre histoire, les accords de Fortaleza ainsi que la progressive prise de conscience, par les BRICS, de leurs intérêts communs marquent un tournant.

Si l’on raisonne géopolitiquement et planétairement, du fait de ces accords, les Anglo-Saxons et leurs satellites, confortablement installés jusqu’alors sur leur arc de "containment" de la Russie et de l’Eurasie – qui, selon la politique suivie fidèlement depuis Mackinder jusqu’à Brzeziński, s’étend de l’Atlantique au Pacifique Nord –, se trouvent, maintenant, en position d’assiégés… Les BRICS encerclent à leur tour ceux qui encerclent l’île du monde !

Les Américains sont parfaitement conscients de ce double risque économique et géopolitique. Ils ne sont pas près de baisser la garde. Leur parade face aux stratégies de "dédollarisation" est double :

1) Sur le plan technologique : maintenir en permanence un écart important, non négociable, entre eux et le reste du monde. Ceci se traduit, en particulier sur le plan militaire, par les théories de la "Full-Spectrum Dominance" et de son corollaire, la "Prompt Global Strike", expressions suffisamment claires en elles-mêmes pour qu’il n’y ait guère besoin de les traduire…

2) Sur le plan géopolitique : "arraisonner"définitivement le monde, pour reprendre l’expression de Heidegger, au moyen d’une stratégie offensive et extrêmement invasive de contrôle et de colonisation numérique de la planète, en s’appuyant sur une nébuleuse très complexe et structurée qui va de la NSA à Facebook ou Twitter, en passant par Amazon, Cisco, Verizon, Google, etc., le tout imprégné du messianisme bienveillant propre à la "nation indispensable" chère à M. Clinton.

Il est donc très probable que, pour aboutir, la stratégie de Fortaleza devra s’appuyer sur une contre-stratégie numérique d’une ampleur considérable. En l’absence de celle-ci, un nouvel équilibre n’a aucune chance de s’instaurer et le dollar restera maître du monde. Les Chinois, véritables leaders des BRICS, l’ont parfaitement compris et se préparent au grand affrontement technologique. L’Europe, dans tout cela, est-elle prête à se "désarraisonner" ? Poser la question, c’est – hélas ! – y répondre.

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28/10/2014

SANCTIONS ANTIRUSSES, LE FMI CRAINT...

Des "effets négatifs"

pour l’économie mondiale

 

L’Union européenne suit les USA ; et ses sanctions sectorielles contre la Russie pourraient concerner l’accès aux marchés des capitaux, la Défense, des produits à double usage et l’exportation de technologies sensibles.

Tout de même pas nos porte-hélicoptères Mistral, en cours de livraison ? Non, rassurez-vous. Et Poutine ne va (probablement) pas nous couper le gaz et le pétrole en plein hiver.

Toutefois, dès cette année, l’économie russe pourrait perdre 23 milliards d’euros (soit 1,5 % du PIB), alors qu’en 2015, ses pertes pourraient tripler, jusqu’à 75 milliards d’euros (4,8 % du PIB). La revue The Economist, elle, estime que l’ensemble des pertes subies par les sociétés russes suite aux sanctions pourrait se chiffrer à 744 milliards d’euros.

  

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Et pour l’Europe ? La Commission européenne hasarde (la riposte russe est encore à l’étude) 40 milliards d’euros pour cette année et 50 milliards d’euros de pertes en 2015, causées par des embargos commerciaux adoptés par la Russie en mesures de riposte.

"Les sanctions imposées par l’Occident à l’encontre de la Russie sont absurdes", estime Anthony Bamford, PDG du groupe britannique JCB, l’un des principaux fabricants internationaux de matériels de construction.

Sur Internet, nombreux sont les lecteurs norvégiens qui expriment leur mécontentement après que leur gouvernement a décidé de soutenir les sanctions de l’Union européenne. Selon eux, la Russie n’a rien fait dans la situation actuelle en Ukraine pour mériter d’être sanctionnée.

"Le business allemand ne se sent pas en sécurité suite aux sanctions économiques adoptées par l’UE à l’encontre de la Russie", a déclaré l’expert pour les pays de l’Europe de l’Est de la Chambre de commerce et d’industrie allemande (DIHK), Tobias Baumann.

"La situation en Ukraine et les sanctions américaines et européennes contre la Russie risquent d’avoir des effets négatifs pour l’économie des pays de l’UE et de la CEI, mais aussi pour l’économie mondiale", a déclaré, mardi 29 septembre, le Fonds monétaire international (FMI).

 

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Les sanctions occidentales contre la Russie contribueront à rendre la Russie plus indépendante, a indiqué en substance lundi 6 octobre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. "Les sanctions n’atteignent que rarement leurs objectifs, et elles n’atteindront pas leur but dans le cas de la Russie []. Je vous assure que nous surmonterons les difficultés qui surgiront dans certains secteurs de l’économie. Il est également probable que nous deviendrons plus indépendants et plus confiants dans nos forces, ce qui sera également bénéfique", a estimé le chef de la diplomatie russe au cours d’une conférence de presse.

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé, mardi 21 octobre, avoir ordonné au gouvernement de renforcer les mesures de riposte aux sanctions européennes et américaines, introduites  contre la Russie que l’Occident accuse d’être impliquée dans le conflit dans l’est de l’Ukraine .

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a également estimé, mardi, que la Russie devait continuer à réfléchir aux nouvelles mesures à apporter aux sanctions occidentales.

 

Patrick Gofman dans Boulevard Voltaire

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21/10/2014

ENTRETIEN AVEC...

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Alain de Benoist

Les mauvais traitements aux animaux

me scandalisent plus que ceux aux humains !

 

Dans un entretien jadis accordé au défunt bimensuel « Flash », vous aviez assuré être contre la peine de mort, sauf pour ceux qui font du mal aux chats ! Au-delà du bon mot, pouvez-vous préciser votre pensée ?

Vous exagérez un peu. Ce que je disais, c’est que ceux qui font du mal aux chats mériteraient d’être emprisonnés à vie (leur prison étant évidemment gardée par des chiens !). Que voulez-vous que je précise ? On dit souvent que le chien est le « meilleur ami de l’homme ». Avec les chats, il ne s’agit pas d’amitié, mais d’amour. Comme beaucoup d’écrivains, j’éprouve un amour passionnel pour les chats. Ce genre de choses se constate, s’éprouve, mais ne s’explique pas. De façon plus générale, les mauvais traitements infligés aux animaux me scandalisent encore beaucoup plus que les mauvais traitements infligés aux humains. En faisant pareil aveu, je choquerai sûrement beaucoup de vos lecteurs, qui estimeront que les animaux les plus attachants ne peuvent quand même pas être placés au niveau des hommes. Je ne suis pas de cet avis. Sans même considérer les animaux comme des personnes, ainsi que l’a fait mon ami Yves Christen dans un livre récent (L’animal est-il une personne ?, Flammarion, 2009), je pense que la comparaison est tout à fait possible. J’aggraverai encore mon cas en ajoutant que je ne crois pas un instant à l’égale qualité des âmes humaines, et pas un instant non plus que les animaux n’ont pas d’âme. Vous remarquerez d’ailleurs que le mot « animal » vient d’anima, qui est le nom latin de l’âme !

 

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Du plus loin qu’on puisse remonter, les animaux ont longtemps été déifiés. Même saint-François d’Assise leur prêtait une sorte d’« âme », tandis que le prophète Mohamed promettait une place au Paradis aux meilleurs d’entre eux. D’autres exemples ?

Les musulmans passent pour n’aimer ni les chats ni les chiens, mais une légende raconte en effet que Mohamed, ayant voulu mettre sa robe, trouva un jour sa chatte Mu’izza endormie sur l’une de ses manches : plutôt que de la déranger, il coupa la manche et la laissa dormir. Dans l’Égypte ancienne, on révérait la déesse-chatte Bastet, qui était peut-être à l’origine une lionne. En Europe, s’il est vrai que les Celtes semblent avoir préféré les chiens (le nom du grand héros Cúchulainn signifie « chien de Culann », tandis que Cenn Chaitt, « tête de chat » est le nom de l’usurpateur Cairpre, qui causa la ruine de l’Irlande), la religion germanique nous a laissé le souvenir de la déesse Freyja, dont le char était tiré par deux chats nommés Bygull et Tregull. Fille de Njörd et sœur jumelle de Freyr, Freyja (dont le nom est à rapprocher du mot allemand Frau, « dame ») fut la divinité la plus populaire et la plus vénérée dans les pays nordiques. Déesse de la beauté, de la terre et de la fertilité, elle était aussi considérée comme la première des Valkyries. On peut la comparer à la Grecque Artémis, d’autant que chez les Romains, les chats furent associés à Diane la chasseresse, dont le culte fut assimilé à celui de Bastet.

Dans le christianisme, le chat occupe une place ambivalente. La Journée mondiale des animaux a lieu tous les ans le 4 octobre, qui est aussi la fête de saint-François d’Assise, patron des animaux. Dans certaines églises, on célébrait à cette date une messe pour les bêtes. Dans certaines autres, encore aujourd’hui, se déroulent en septembre ou tous les premiers dimanches de novembre une bénédiction publique des animaux ! À l’instar de saint-François, qui les autorisait à venir boire dans son gobelet, le pape Benoît XVI, pour ne citer que lui, était lui aussi connu pour son amour des chats. Cela n’était pas le cas, malheureusement, de tous ses prédécesseurs, qui ont longtemps vu dans le chat un animal diabolique, chéri comme tel par les « sorcières ». Amis des félins, n’oubliez jamais de vouer à une exécration éternelle le pape Grégoire IX, créateur de l’Inquisition médiévale qui, par la bulle Vox in rama (1233), déclara que toute personne possédant un chat noir méritait le bûcher, ainsi que le pape Innocent VII, qui promulgua en 1484 un édit prescrivant des sacrifices de chats pour les fêtes populaires !

 

Pour leurs animaux domestiques, les Français dépensent des fortunes en aliments et en soins. Aux Etats-Unis, il y a de psychologues pour chats et chiens… Dans le même temps, nombre d’animaux sont effectivement maltraités : le chaton qu’on offre aux enfants pour Noël, et tôt abandonné dès qu’il ne ressemble plus à une peluche. Où est le problème ?

On compte aujourd’hui en France presque autant d’animaux de compagnie que de bipèdes : 63 millions de bestioles contre 65,5 millions d’habitants. La possession d’un animal familier est pour beaucoup un moyen de combattre la solitude, qui ne cesse de s’étendre par ces temps de dé-liaison sociale et de familles éclatées (elle touche aujourd’hui un Français sur huit). Le problème est que l’attention qu’on leur porte relève plus souvent de la sensiblerie que de la sensibilité, et surtout qu’on les apprécie moins pour leur valeur intrinsèque que pour le plaisir que l’on en tire. Cette attitude utilitaire revient à traiter les animaux comme des objets, qu’on acquiert parce qu’on en a envie et qu’on abandonne à la SPA quand on commence à les trouver gênants. Notre époque a remplacé le solide par le liquide, le durable par l’éphémère, l’engagement par le zapping. Le sort des chats et des chiens, de ce point de vue, ne diffère pas tellement de ce qu’on observe entre les humains.

 

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier.

09:44 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

16/10/2014

LES SDF ET LEURS CHIENS (1).

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Il n'est pas rare de rencontrer des SDF accompagnés d'un ou plusieurs chiens. Cette situation est à l'origine d'un débat où deux points de vues s’affrontent.

Certains pensent que ces animaux seraient mieux lotis auprès d'une famille, dans une maison traditionnelle. D'autres suggèrent, qu’à partir du moment où l'animal a une personne pour s'occuper de lui, l’amour prévaut sur le confort d’un foyer stable.

Par-delà ces discussions, une raison poignante mène ces personnes sans-abri à s'accrocher à leurs compagnons : ces derniers ne les jugent pas et leur restent fidèles malgré une existence difficile. L'animal devient leur seule source de compagnie et d'amour inconditionnel. 

 
 
A suivre...

09:05 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

07/10/2014

AGGRAVATION DU TAUX DE PAUVRETE.

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Avec dents

Près de 8,7 millions de personnes vivent dans la pauvreté en France, selon les derniers chiffres de l’Insee publiés ce mercredi. Parmi les plus touchés, les enfants. Près de 20% d’entre eux se trouveraient en dessous du seuil de pauvreté.

Plus de 14% de la population vit dans la pauvreté en France selon les derniers chiffres de l’Insee. Ce qui représente près 8,7 millions de personnes. Plus inquiétant, les enfants, souvent issus de familles nombreuses ou monoparentales, sont les plus touchés par la misère. Près de 20% d’entre eux, soit un sur cinq, vivraient ainsi dans la pauvreté.

 

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Sans dents


Mais à partir de quel moment est-on considéré comme pauvre ? Lorsque l’on a moins de 970 euros par mois pour vivre pour une personne seule, et moins de 2.000 euros pour un couple avec deux enfants répond l’Insee.


Mais l’Institut relativise ces chiffres. « La France a un taux de pauvreté assez bas comparé aux autres pays de l’Union européenne, ce qui la rapproche des pays scandinaves ou des Pays-Bas », précise Jérôme Accardo, l’un des auteurs de l’étude.

 

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Cependant, si la France dénombre moins de pauvres que ses voisins, la pauvreté semble progresser plus vite dans l’Hexagone. « Entre 2008 et 2011, la France est le pays où le taux de pauvreté a le plus augmenté, derrière l’Espagne » ajoute le statisticien.


Difficile également pour les personnes entrées dans la pauvreté d’en sortir. Pour Simon Beck, statisticien, « au moins 30% des personnes pauvres vont le rester au moins trois ans. Après trois-quatre ans passés dans la pauvreté ça devient très difficile d’en sortir. »


Notons toutefois que les chiffres publiés datent déjà de 2011, car l’Insee a besoin de trois ans pour élaborer des statistiques précises.

 

Source : franceinfo.fr

09:53 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

30/09/2014

GAUCHE DE FRANCE...

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Plus de laïcity

dans nos quartier !

Quand vous entendrez cette gauche vous parler encore laïcité, comme Hollande l’a fait lors de la campagne présidentielle, pensez à Valls et à Hidalgo;   

Le 16 janvier 1994, dans les rues de Paris, 1 million de manifestants battaient le pavé, pour défendre la laïcité, menacée par des financements sans limites accordées aux écoles privées, principalement catholiques, dans un projet de loi de François Bayrou. Il y avait en première ligne les socialistes, Rocard et sa casquette, les communistes, les anarchistes, les gauchistes, les francs-maçons, les syndicats, les féministes et tout ce que la gauche compte d’anti-calotins. 

J’étais fier d’avoir été présent à cette inoubliable manifestation, sans illusion par ailleurs sur la manipulation des socialistes.

 

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Vingt ans plus tard, Anne Hidalgo, dans la continuité de son mentor Bertrand Delanoë, va célébrer, dans la mairie de Paris, le 4e pilier de l’islam, le ramadan. L’an passé, dans le même esprit, Manuel Valls avait inauguré deux mosquées, à Cergy et à Strasbourg, et avait rompu à trois reprises le jeûne du ramadan. On est fort loin de l’esprit de la loi de 1905, qui, faut-il le rappeler, dans son article 2, précise que « la République ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte ».

Le mercredi 9 juillet, Anne Hidalgo, a donc consacré 70.000 euros de fonds publics à célébrer une pratique religieuse. Une paille par rapport à la subvention exorbitante accordée en 2014 à l’Institut des Cultures d’Islam , et ses deux mosquées, de 1,3 million d’euros ! Dans le même temps, en Kabylie, au risque de leur vie, des Algériens réclament le droit de manger librement, sans subir de contrainte religieuse. Belle trahison laïque de la part de la camarade Hidalgo et de ses complices écologistes. Ils préfèrent cautionner les fondamentalistes religieux, qui utilisent le ramadan pour mieux fliquer les mauvais musulmans, que les esprits libres qui veulent s’en émanciper. Où seront-ils, ceux qui, vingt ans plus tôt, en plein hiver, étaient venus de toute la France défendre les principes laïques menacés par une contre-offensive chrétienne ?

 

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Les socialistes ? Ils lècheront les babouches des disciples d’Allah (qui ont voté Hollande à 93 %), et s’extasieront devant cette merveilleuse religion d’amour, de tolérance et de paix, dont la propagande nous dit qu’elle ne saurait être confondue avec les exactions de quelques extrémistes isolés comme Nemmouche, Merah, Fofana, Kelkal et ceux qui, depuis le 11 septembre 2001, ont juste perpétué dans le monde 23.000 attentats mortels.

Mélenchon ? Il regrettait sur France Culture la victoire de Charles Martel à Poitiers, en 732, qui, selon lui, nous a privée des bienfaits de la pacifique culture arabe, et nous a imposé le christianisme. Sus à Jésus, vive Mahomet !


Les anarchistes ? A l’exception de la Fédération Anarchiste, tous les autres réclament un délit d’islamophobie, amalgamée à du racisme. Ni Dieu ni Maître, mais pas touche à Allah !

Les francs-maçons ? Quand Sarkozy allait baiser l’anneau du pape, selon eux, la laïcité était bafouée. Quand Valls fait la même chose, on ne les entend plus. Quand les socialistes honorent le ramadan à Paris, c’est donc silence radio. A bas la calotte, mais Allah akbar ! 

Il n’y a eu que Résistance Républicaine et Riposte Laïque qui ont perpétué les meilleures traditions gauloises,  en organisant un Apéro saucisson laïque, devant la mairie de Paris, le mercredi 9 juillet, avec des sandwiches au saucisson et du vin.

Manifestants du 16 janvier 1994, quand vous entendrez cette gauche vous parler encore laïcité, comme Hollande l’a fait lors de la campagne présidentielle, pensez à Valls et à Hidalgo…

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23/09/2014

ENTRETIEN AVEC...

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Alain de Benoist

La compétitivité ?

L’alibi des mesures antisociales…

 
La compétitivité est devenue mantra de notre époque. Tout doit être compétitif : le sport et l’économie, bien sûr ; les hommes, également. La compétitivité serait-elle une valeur en soi ?
 
C’est Raymond Barre qui, en 1976, avait le premier parlé de « compétitivité » pour caractériser la politique économique à la fois concurrentielle et tournée vers l’extérieur qu’il entendait mener. Tous ses successeurs ont suivi son exemple. Aujourd’hui, les hommes politiques de droite comme de gauche n’ont que le mot de « compétitivité » à la bouche parce qu’ils sont obnubilés par la « croissance » : être plus compétitifs aiderait à gagner des « points de croissance ». Mais au-delà de ces affirmations somme toute convenues, on s’aperçoit vite que la compétitivité est un mythe. Et que ce mythe n’est pas anodin
Dans le discours des hommes politiques, ce ne sont pas seulement les entreprises ou les secteurs industriels qui doivent être « compétitifs », mais aussi les nations. Cette idée sort tout droit des théories du management développées dans les écoles de commerce américaines. Or, on ne peut étendre aux nations ce qui, sous certaines conditions, peut être vrai des entreprises – d’autant que les intérêts des entreprises nationales ne coïncident pas nécessairement avec ceux des populations. Les nations ne sont pas des entreprises, contrairement à ce que prétendent les tenants de la « gouvernance » qui voudraient gouverner les hommes comme on administre les choses et priver les États de leur souveraineté politique. Les territoires ne peuvent pas « se vendre », et c’est pourquoi on ne peut les comparer et les classer comme des entreprises en milieu concurrentiel, dont le succès se mesure finalement en monnaie.
Pour le dire autrement, une notion micro-économique ne peut être transposée purement et simplement dans la sphère politique. « Un territoire, écrit Gilles Ardinat, chercheur en sciences humaines, conseiller de Nicolas Dupont-Aignan et collaborateur du Monde diplomatique, offre à un peuple son support physique ainsi qu’une bonne part de ses références culturelles et politiques […] Contrairement à une entreprise, il ne cherche pas à dégager des profits. Son action s’inscrit dans le temps long de l’histoire, pas dans l’immédiateté des marchés. » C’était aussi l’opinion du célèbre économiste Paul Krugman, Prix Nobel en 2008 : « La compétitivité est un mot vide de sens lors qu’il est appliqué aux économies nationales ».
 

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Cela dit, la concurrence existe bel et bien, et Fillon comme Macron, Valls comme Sarkozy sont d’accord pour estimer que la compétitivité n’est jamais que le meilleur moyen d’y faire face

Il est évident que si l’on veut vendre un produit, on a tout intérêt à être compétitif, c’est-à-dire à fabriquer des produits de meilleure qualité que ses concurrents ou, à qualité égale, des produits moins chers. Mais pour baisser les prix, il faut aussi diminuer le prix de revient des produits fabriqués. De quelle façon ? En régime capitaliste, la réponse la plus classique est connue : non pas en favorisant l’innovation, en taillant dans les coûts du capital et les dividendes des actionnaires (50 milliards d’euros en 2013, soit 2,6 fois de plus que les dépenses d’investissement), mais en faisant stagner les salaires, en diminuant les charges sociales et le « coût du travail », en ramenant les services publics à la portion congrue. C’est l’argument favori du MEDEF, qui agite constamment le spectre de la « perte de compétitivité » pour obtenir de substantielles subventions.

La Chine est aujourd’hui très compétitive parce que les salaires dignes de Germinal qu’elle pratique lui permettent de conquérir toujours plus de parts de marché. Il est certain que si l’on parvenait à convaincre les travailleurs français de toucher les mêmes salaires que ceux du Bangladesh, nos entreprises gagneraient beaucoup en compétitivité ! Mais en même temps, il deviendrait difficile de vendre toujours plus à des consommateurs qu’on aurait préalablement rendus plus pauvres ! Comment augmenter la consommation quand on fait baisser le pouvoir d’achat ? C’est tout le paradoxe des politiques d’austérité, qui espèrent combler les déficits et faire repartir la croissance en rendant toujours plus précaires les conditions d’existence des classes moyennes et des classes populaires. C’est pour cela que la concurrence généralisée entre les pays n’est pas compatible avec le maintien ou l’amélioration du niveau de vie : elle revient seulement à mettre en concurrence les produits marchands et les produits non marchands, comme les services publics et la protection sociale.

À l’époque de la mondialisation, cela ne peut aboutir qu’à une désagrégation sociale et à un nivellement par le bas. Dans cette optique, l’impératif de « compétitivité » est seulement une façon élégante de persuader les travailleurs de renoncer à leurs acquis sociaux. C’est d’ailleurs au nom de la compétitivité que l’Union européenne et le FMI ont exigé la réduction des salaires en Grèce et ailleurs. Lorsqu’elle ne prend en compte ni les exigences de la justice sociale ni celles de l’écologie, la compétitivité devient l’alibi d’un dumping social généralisé, qui permet de prendre des mesures antisociales tout en se mettant à l’abri des critiques.

 

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Déclinée dans les registres les plus intimes de nos vies, la compétitivité peut aussi devenir mortifère. Après tout, échanger sa femme de cinquante ans contre deux de vingt-cinq pourrait aussi bien se justifier au motif que la première n’est plus « compétitive » ! L’ambiance de compétitivité permanente ne contribue-t-elle pas à faire de notre société de plus en plus anxiogène ?

On peut certes estimer que la rivalité amoureuse en matière de stratégies de séduction implique de la « compétitivité ». Mais ce n’est là qu’un jeu de vocabulaire : la compétition est une chose, la compétitivité en est une autre. En dehors de l’industrie et du commerce, quand on les applique par exemple à la santé, à l’éducation ou à la culture, la compétitivité et la productivité, ça signifie quoi ? Paul Krugman, déjà cité, dit aussi que « l’obsession de la compétitivité est à la fois fausse et dangereuse ». Elle ne se comprend en fait qu’en rapport avec la concurrence, que le libéralisme conçoit sous l’angle du darwinisme social : elle est censée révéler les plus performants et les plus forts, donc les meilleurs. L’idée sous-jacente est qu’une société ne se compose que d’individus étrangers les uns aux autres, qui s’affrontent au travers de stratégies d’intérêt régulées par la seule autorité du marché. Une société de rivaux, par conséquent (la « guerre de tous contre tous »), non de concitoyens.

 

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

09:33 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)