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21/06/2019

Vilfredo Pareto:

 

 

 

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Vilfredo Pareto (né à Paris - France le 15 juillet 1848 ; décédé à Céligny - Suisse le 19 août 1923) était un sociologue et économiste italien. Il a apporté de nombreuses contributions importantes dans ces deux matières, particulièrement dans l'étude de la distribution du revenu et dans l'analyse des choix individuels. Il introduisit le concept de l'efficacité et aida le développement du champ de la microéconomie avec des idées telles que la courbe d'indifférence. Il est successeur de Léon Walras à la Chaire d'économie politique de l' Université de Lausanne.

 

 

 

Biographie:

 

 

 

Vilfredo Pareto est né en 1848 à Paris, l'épicentre des révolutions populaires de cette année. Son père était un ingénieur italien, noble, exilé d'Italie comme partisan de Mazzini, républicain et anti-piémontais, sa mère une femme française. Le grand-père paternel, Giovanni Benedetto Pareto avait été fait baron de l'Empire par Napoléon.

 

Pendant son enfance, en Italie, Pareto vécut dans un milieu de classe moyenne, recevant une éducation de niveau élevé.

 

En 1870 il est diplômé en ingénierie de l'université polytechnique de Turin. Sa thèse était intitulée « Principes fondamentaux de l'équilibre des corps solides ». Son intérêt dans l'analyse de l'équilibre en économie et sociologie y fait ses premières manifestations.

 

Pendant quelques années, il travaille comme ingénieur, d'abord pour la compagnie italienne des chemins de fer, publique, puis dans l'industrie privée et devient directeur des Ferriere italiane. Son travail le fait voyager.

 

En 1886 il devient maître de conférence à l'université de Florence. Son séjour à Florence fut marqué par son activité politique, largement alimentée par ses frustrations contre les régulateurs étatiques. Libéral, il attaque le socialisme, le militarisme et le protectionnisme du gouvernement.

 

En 1889, après la mort de ses parents, Pareto change de style de vie : il quitte son travail et se marie à une Russe, Alessandra Bakounine. Il commence à écrire de nombreux articles polémiques contre le gouvernement ce qui lui attire beaucoup d'ennuis comme l'interruption d'une de ses conférences par la police ou le refus d'une autorisation d'enseigner l'économie politique.

 

En 1893 il est nommé maître de conférence en économie à l'université de Lausanne en Suisse à la place de Walras qui le lui a proposé. Il y reste jusqu'à la fin de sa vie

En 1898, il héberge des socialistes italiens fuyant la répression des émeutes.

 

En 1902, sa femme le quitte. Il vivra jusqu'à sa mort avec Jeanne Régis.

 

En 1906, il fit la fameuse observation selon laquelle vingt pour cent de la population possédait quatre-vingt pour cent de la propriété en Italie, observation à l'origine de la loi qui porte son nom.

 

En 1917, l'université de Lausanne organise son jubilé.

 

En 1923, il conseille aux fascistes d'adopter une politique libérale.

 

Il meurt à Céligny (Suisse) la même année.

 

 

Sociologie

 

Actions logiques et non-logiques:

 

Son apport dans le domaine de la recherche sociologique se situe autour des concepts d'actions logiques étudiées à travers l'économie et des actions non-logiques étudiées par la sociologie. Les actions non-logiques étant constituées de résidus, c'est à dire tous les affects inhérents à l'homme. Tout son développement se trouvant dans son principal ouvrage: Traité de sociologie générale, publié en 1916 en italien et en 1917 en français.

 

Masse et élite:

 

Pareto distingue les classes sociales entre masse et élite, l'élite elle-même est séparée entre élite non gouvernementale et gouvernementale. De la masse montent perpétuellement de nouvelles élites que l'élite en place a le choix de combattre ou d'intégrer jusqu'à sa défaite et son remplacement. C'est cette lutte qui fait l'histoire. L'étude de la circulation des élites est souvent réduite à la fameuse phrase "L'histoire est un cimetière d'aristocraties".

 

La distinction entre élite et masse s'applique à toutes les sociétés dans des proportions similaires, et la répartition des richesses est inégalement la même partout: la seule façon d'enrichir les plus pauvres est donc d'enrichir la société toute entière plus vite qu'elle ne s'accroit.

 

Epistémologie:

 

A l'encontre des préjugés scientistes de son époque, Pareto dénie à la science la faculté de définir un système politique, une morale, une religion idéaux. Le scientisme dénature la science en la surestimant: la science ne peut déterminer les fins humaines.

 

Le cynisme et le pessimisme de Pareto attaquent de front l'optimisme et le rationalisme d'Émile DurkheimIllusions sont les tentatives d'organiser rationnellement la société, illusion que de croire l'homme animé par la raison, illusion que de croire la vertu progresser avec l'accroissement de la raison.

 

Pareto critique également les moralistes qui développent vainement des théories pour accorder les intérêts particuliers et collectifs. Le maximum d'utilité pour la collectivité n'est pas le maximum d'utilité de la collectivité.

 

Politique:

 

Pareto est l'auteur d'une étude du socialisme dans son ouvrage Les Systèmes socialistes.

 

Pareto critique tout au long de son oeuvre la faiblesse des élites en fin de règne qui cause leur perte : « Toute élite qui n'est pas prête à livrer bataille, pour défendre ses positions, est en pleine décadence, il ne lui reste plus qu'à laisser sa place à une autre élite ayant les qualité viriles qui lui manquent. C'est pure rêverie, si elle s'imagine que les principes humanitaires qu'elle a proclamés lui seront appliqués : les vainqueurs feront résonner à ses oreilles l'implacable vae victis. Le couperet de la guillotine s'aiguisait dans l'ombre quand, à la fin du siècle dernier (ndlr : fin XVIIIe donc), les classes dirigeantes françaises s'appliquaient à développer leur "sensibilité". Cette société oisive et frivole, qui vivait en parasite dans le pays, parlait, dans ses soupers élégants, de délivrer le monde de "la superstition et d'écraser l'infâme", sans se douter qu'elle-même allait être écrasée. » (in Les Systèmes socialistes T.I, p.40-41)

 

Les régimes autoritaires:

 

Les fascistes italiens se sont réclamés de Pareto, mort en 1923, et on dit souvent de lui qu'il justifie les régimes autoritaires.

 

Réduisant la théorie de Pareto sur les élites, ils justifient leur violence comme nécessaire pour maintenir l'ordre social. Le pouvoir qu'exerce l'élite, minoritaire, n'ayant in fine pas de fondement moral, la force peut être utilisée sans complexe et le régime trouve dès lors sa justification dans son succès.

 

Pareto vit dans l'avènement du fascisme une réaction contre la décadence bourgeoise et son humanitarisme, un gage d'ordre. D'abord très hostile, il accueille favorablement l'avènement de Mussolini mais met en garde les fascistes contre "les aventures guerrières, la restriction de la liberté de la presse, la surimposition des riches et des paysans, la soumission à l'Église et au cléricalisme, la limitation de la liberté d'enseignement" (in Gerarchia, revue fasciste, dans un article intitulé "Liberta").

 

Pareto est élevé représentant de l'Italie à la Commission du désarmement de la SDN en décembre 1922 et sénateur en mars 1923. Il meurt peu après, bien avant la proclamation des lois fascistissimes.

 

Le libéralisme:

 

Sur le plan économique, il estime que le libéralisme est le système le plus producteur de richesse et par conséquent celui qui enrichit le plus la société toute entière.

Sur le plan des idées politiques, Pareto semble préférer un régime fort et libéral c'est-à-dire capable de faire respecter les libertés.

 

 

Maurice Allais voit en Pareto un grand libéral qui a cherché à réduire au maximum et dans la mesure du possible la contrainte qu'exerce la collectivité sur l'individu.

L'étatisation:

 

Pareto annonce avec justesse l'interventionnisme croissant des États dans l'économie qui se produira au XXème siècle qui verra l'avènement de sociétés collectivistes. La bureaucratisation se substitue à la libre initiative. Pareto compare cette évolution à celle de Byzance et à celle du Bas-Empire.

 

 

Les outils statistiques "Pareto":

 

 

Il demeure célèbre pour son observation des 20% de la population qui possèdent 80% des richesses en Italie, généralisée plus tard (par Joseph Juran et d'autres) en distribution de Pareto. Cette observation a été étendue à d'autres domaines sous le terme de « loi de Pareto ». Par extension, on appelle diagramme de Pareto un type d'histogramme où les classes sont représentées par ordre décroissant de fréquence, ce qui permet de mettre en évidence les classes les plus importantes ; ce diagramme est utilisé en gestion de la qualité, où les classes représentent les défauts.

 

Il définit la notion d'optimum paretien comme une situation d'ensemble dans laquelle un individu ne peut améliorer sa situation sans détériorer celle d'un autre individu. Dans la théorie des jeux de John Forbes Nash, la situation est un optimum paretien si les agents sont satisfaits de leur choix et que les gains sont maximisés. Ces gains étant optimaux, si la situation d'un agent s'améliore, celle d'un autre doit se détériorer pour préserver l'équilibre. Un optimum de Pareto est également un équilibre de Nash (où la notion d'optimum n'intervient pas), l'inverse n'est pas vrai.

 

Le concept d'optimum de Pareto se démarque des thèses utilitaristes qui ne se préoccupent que de la quantité totale de « bien-être » de la société (et négligent le fait que le bien-être des uns peut se faire au détriment de celui d'une minorité).

 

Economie:

 

Représentant du courant néoclassique, et plus particulièrement avec le français Léon Walras de l’école de Lausanne, Vilfredo Pareto a laissé à la littérature économique plusieurs ouvrages majeurs comme son Cours d'économie politique (1896) et son Manuel d’économie politique (1909).

 

Un des ses plus importants apports a été de modifier les principes de la valeur utilité chez les néoclassiques. Auparavant, un des postulats néoclassiques était l'existence d'une fonction d'utilité cardinale : l’individu rationnel est capable de déterminer le niveau absolu d’utilité d’un produit. Pareto lui substitue le principe plus réaliste d'utilité ordinale : l’individu rationnel est en fait capable de hiérarchiser ses préférences, de dire s’il préfère le produit A au produit B ou inversement.

 

Ce raisonnement le pousse à l’utilisation des courbes d’indifférence imaginées par Francis Edgeworth. Le principe de la courbe d'indifférence représente l’ensemble des combinaisons de deux produits, permettant d’obtenir une utilité donnée.

 

La généralisation de ses raisonnements à l’échelle de la société permet de déterminer la situation où l’utilisation des ressources est optimale. L’optimum de Pareto est la situation dans laquelle l’utilité (le bien-être) d’aucun individu ne peut être augmentée sans que ne soit réduite l’utilité d’un autre individu. Ce point est obtenu par l’intersection de la droite représentant les contraintes matérielles (ressources/budget) et de la courbe d’indifférence la plus élevée possible.

 

 

La référence à l'optimum de Pareto a permis aux économistes néoclassiques de démontrer mathématiquement la supériorité théorique de la concurrence pure et parfaite sur les modèles économiques alternatifs, à partir de leurs postulats.

 

 

Citations:

 

  • « La tendance à personnifier les abstractions, ou même seulement à leur donner une réalité objective, est telle que beaucoup de personnes se représentent la classe gouvernante presque comme une personne, ou au moins comme une unité concrète qu'ils lui supposent une volonté unique, et croient qu'en prenant des mesures logiques, elle réalise les programmes. C'est ainsi que beaucoup d'antisémites se représentent les sémites, beaucoup de socialistes les bourgeois. » (in Traité de sociologie générale, §2254)

 

  • « Si en France on établit l’impôt sur le revenu, on commencera avec un taux progressif fort supportable, et puis, chaque année, à l’occasion du budget, on l’augmentera. »[1]
  • « Il est doux de prendre sa part d'un impôt qu'on ne paie pas. »

 

  • « Tous les révolutionnaires proclament à leur tour que les révolutions précédentes ont fini par tromper le peuple ; c'est leur révolution seule qui est la vraie révolution. « Tous les mouvements historiques précédents », déclarait le Manifeste communiste de 1848, « étaient des mouvements de minorités ou dans l'intérêt de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement conscient et indépendant de l'immense majorité, dans l'intérêt de l'immense majorité ». Malheureusement cette vraie révolution, qui doit apporter aux hommes un bonheur sans mélange, n'est qu'un mirage trompeur qui ne devient jamais une réalité. Elle est apparentée à l'âge d'or des millénaristes : toujours attendue, elle est toujours perdue dans les brumes du futur, échappant toujours à ses adeptes au moment où ils pensent la tenir. »

 

  • « Même si on démontrait d'une façon tout à fait évidente que la protection entraîne toujours une destruction de richesse, si on arrivait à l'enseigner à tous les citoyens, tout comme on leur apprend l'ABC, la protection perdrait un si petit nombre de partisans, le libre-échange en gagnerait si peu, que l'effet peut en être à peu près négligé, ou complètement. Les raisons qui font agir les hommes sont tout autres. » (Manuel d'économie politique)

 

  • « Vilfredo Pareto, peut-être le fondateur d’une approche explicitement positiviste en économie, était le champion des deux erreurs. Rejetant l’approche de la préférence démontrée comme “tautologique”, il cherchait d’un côté à éliminer les préférences personnelles de la théorie économique, et de l’autre à étudier et à mesurer des échelles de préférences indépendamment de toute action réelle. Pareto est donc, à plus d’un égard, l’ancêtre spirituel de la plupart des théoriciens contemporains de la valeur. » Murray Rothbard (“Toward a Reconstruction of Utility and Welfare Economics”)

 

 

Œuvres:

 

 

  • 1892, “Considerazioni sui principii fondamentali dell’economia politica pura”, Giornale degli economisti, maggio 1892: 389-420, reproduit en 1982, in Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 1895, “La legge della domanda”, Giornale degli economisti, janvier 1895 : 59-68, reproduit en 1982, in Vilfredo Pareto, Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 1896, La courbe de la répartition de la richesse, Université de Lausanne, Recueil publié par la Faculté de Droit à l’occasion de l’exposition nationale suisse, Genève, 1896, reproduit en 1967, in Vilfredo Pareto, Écrits sur la courbe de la répartition de la richesse, in OEuvres complètes, tome III, Genève
  • 1896, Cours d’économie politique, Lausanne : Rouge, 1896-7, reproduit en 1964, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, Genève : Librairie Droz
  • 1900, “Sul fenomeno economico, lettera a Benedetto Croce”, Giornale degli Economisti, août 1900: 139-162, p. 144, reproduit en 1982 in Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 1903, “Anwendungen der Mathematik auf Nationalökonomie”, Encyklopädie der mathematischen Wissenschaften mit Einschluss ihrer Anwendungen, Leipzig, vol. I, n° 7, traduction française en 1966, in Statistique et Économie Mathématique, OEuvres Complètes de Vilfredo Pareto, t. VIII, Genève : Librairie Droz
  • 1906, Manuel d’économie politique, Piccola Bibliotheca Scientifica, Milano : Società Editrice Libraria,
- 1ère édition française en 1909, Paris : Giard et Brière, 1909,
- 4ème édition en 1966, in OEuvres Complètes de Vilfredo Pareto, Genève : Librairie Droz
  • 1908, “Economia sperimentale”, Giornale degli Economisti, juillet : 6-18,
- Traduction française en 1976, in Faits et Théories, Genève : Librairie Droz
  • 1916, Trattato di Sociologia Generale, Florence : Barbera
- Traduction française en 1968, réédition in Œuvres Complètes de Vilfredo Pareto, Genève : Librairie Droz, 1968
  • 1918, “L’interpolazione per le ricerca delle leggi economiche”, Giornale degli economisti, maggio 1907: 366-385,
- Reproduit en 1982 in Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 2008Le Péril socialiste, recueil d'articles, éditions du Trident.

 

 

Littérature secondaire:

 

 

  • 1968, S. E. Finer, "Pareto and Pluto-Democracy: The Retreat to Galapagos", American Political Science Review, 62 (2), pp440–450
  • 1999,
    • Alban Bouvier, dir., Pareto aujourd'hui, Presses Universitaires de France, Paris
    • Carlo Lottieri, Elitisme classique (Mosca et Pareto) et élitisme libertarien: analogies et différences, In: Alban Bouvier, dir., Pareto aujourd'hui, Presses Universitaires de France, Paris, pp199-219

 

Notes et références:

 

 

 

  1.  Repris par Alain Laurent et Claude Reichman in Théories contre l'impôt, Les Belles Lettres, 2000, ISBN 2251390324

 

 

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16/04/2019

Réforme anti-« fake news » : l’instauration d’une « vérité officielle » ?

 

 

 

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Communication de masse, nouvelles technologies : autant de facteurs qui ont permis le passage d’un système de monopole public de l’information à un système privatisé avec de plus en plus de libéralisations. Ainsi, selon l’édition 2015 du Baromètre du numérique, 87 % des Français sont des internautes et 92 % des Français ont un téléphone portable.

 

 

 

Cette interconnectivité mondiale a notamment fait apparaître des guerres, non plus matérielles, mais désormais médiatiques. En effet, les « spin doctors », autrement dit les journalistes-soldats, connaissant les circuits d’information sont devenus les premiers instruments de la manipulation de l’information. Systématiquement confronté à un « cadre de valeurs » qui renferme les limites acceptables pour chaque sujet, gare à celui qui s’affranchit de cette zone, au risque de voir ses idées marginalisées, discriminées et considérées comme hérétiques ou abusives.

 

 

 

Liberticide, l’initiative anti-« fake news » (« fausses nouvelles », en français) envisagée par l’Union européenne et bientôt discutée à l’Assemblée nationale peut se résumer de la sorte : inhiber certaines idées et opinions tout en promouvant à la fois une illusion de « démocratie », a fortioriune « fake démocratie ». En tant que censure de masse, elle prévoit notamment une liste répertoriant les « bons sites » qui diffusent de « vraies » informations, sous peine, pour les « mauvais sites », d’être menacés de fermer. Doit-on en conclure que seule une vérité officielle accordée par les législateurs pourra être diffusée ?

 

 

 

En cas de suspicion de « fake news », il sera possible de saisir le juge par une procédure de référé (d’urgence) qui devra se prononcer sur la véracité ou non de l’information dans un délai de 48 heures. Cet arbitrage repose vraisemblablement sur des critères peu objectifs, qui outrepassent le rôle originellement confié au juge, qui n’est a priori pas celui de déterminer ce qui est vrai ou ce qui ne l’est pas.

 

 

Internet, formidable outil de démocratisation de la politique, a permis l’accès à de nouvelles sources d’information et, ainsi, de faire connaître les idées les plus inconnues au public, notamment celles des minorités. Évidemment, le fait que certaines échappent au pouvoir dérange les dirigeants. La réforme anti-« fake news », ou plutôt l’instauration d’une police de la pensée, ne serait donc qu’une manipulation des esprits imposant une seule vérité : celle d’un régime autocratique. Pourquoi ? Afin de faire taire ceux qui disent des vérités inconfortables !

 

 

 

Cet endoctrinement, qui nous pousse à nous comparer avec l’actuel système de la Corée du Nord, tend à obliger les citoyens à suivre l’opinion publique « légale » décidée et imposée par nos gouvernants qui souhaitent orienter et, surtout, contrôler la pyramide d’information. Ils bafouent les principes démocratiques qu’ils prônent eux-mêmes en légalisant un pur délit d’opinion, une atteinte directe à la liberté d’expression et d’opinion, fondamentaux consacrés aux articles 9 et 10 de la Convention européenne des droits de l’homme. On peine à imaginer la réaction du public si une telle réforme avait été proposée par un Matteo Salvini italien ou encore une Marine Le Pen française.

 

 

 

En réalité, derrière cette volonté de régularisation se profile plutôt l’idée que nos gouvernants craignent plus que jamais la montée des partis politiques « d’extrême droite » dans l’Union européenne, que cette réforme constituerait alors simplement un moyen de prévention pour les élections européennes de 2019. À titre d’exemple, 90 % des journalistes aux États-Unis avaient validé la candidature de Hillary Clinton. Or, au vu du résultat des élections de 2016 plaçant Donald Trump en vainqueur, on comprend rapidement que les sources alternatives, notamment les réseaux sociaux, ont bien fait pencher la balance !

 

 

 

L’Union européenne reste jeune, et c’est un enfant auquel il faut parfois savoir dire non. Il s’agit de sauver la liberté de conscience de chacun de nos citoyens et de leur garantir un accès effectif aux informations, même les plus hasardeuses, pour parvenir à une réflexion de qualité détachée de toute influence.

 

 

 

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22/02/2019

Dualpha Éditions / Patrimoine des Héritages :

 

 

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C’est en 1916 qu’est paru à Florence l’œuvre majeure de Vilfredo Pareto, le Traité de sociologie générale. Il n’a été lu, pour autant qu’il l’ait été, qu’après la guerre de 1914-1918. Pareto devait mourir en 1922.Tout se passe comme si cette œuvre puissante avait été censuré en Europe. On explique cette censure, ce phénomène de résistance, par le fait qu’il était fasciste. On oublie que le fascisme, dans les années 1920, avait droit de cité et qu’il était couvert d’éloges par des hommes d’État de pays démocratiques. Il est temps de réhabiliter cette pensée qui a vaincu l’oubli, on peut de moins en moins impudemment l’ignorer.

 

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11/12/2018

Lorsque la droite européenne était socialiste:

 

 

 

 
 
 
 

 

 

Dans un précédent article (Pourquoi la droite sociale ?), nous montrions que la droite légitimiste et la droite bonapartiste avaient été à la pointe du combat social. Il nous faut aller plus loin aujourd’hui. En effet, la droite traditionaliste et la droite révolutionnaire se sont réclamées du « socialisme » comme alternative au matérialisme marxo-libéral. En France et en Allemagne, le socialisme a pu recouvrir une signification tout autre que celle du collectivisme. Dans le premier pays, il a pu être défini comme un système économique où la justice sociale occupe le premier plan. Alors que, dans le deuxième pays, il apparaît comme un anthropologisme recouvrant la communauté du peuple.

 

 

 

Historiquement, ce sont Édouard Drumont et Maurice Barrès qui utilisent les premiers l’expression « socialisme national » pour désigner le recours indispensable à une économie solidaire dans une nation organique. De son côté, Charles Péguy s’est dit « socialiste », tout en récusant le jauressisme : « Le socialisme qui était un système économique de la saine et de la juste organisation du travail social, est devenu sous le nom de jauressisme et sous le nom identique et conjoint de sabotage, un système de désorganisation du travail social et en outre et en cela, une excitation des instincts bourgeois dans le monde ouvrier, un entraînement des ouvriers à devenir, à leur tour, de sales bourgeois. » Péguy stigmatise plus généralement la domination de l’argent – il est l’auteur de L’Argent, suivi de l’Argent (suite) -, non en raison d’un égalitarisme niveleur, mais parce qu’il souhaite une plus grande équité dans la répartition des richesses. C’est là plus qu’une nuance.

 

 

 

Charles Maurras et les Cahiers du Cercle Proudhon se sont également revendiqués d’un socialisme corporatif et mutualiste tour à tour. Le maître de Martigues a pu écrire : « Le socialisme libéré de l’élément cosmopolite et démocratique peut aller au nationalisme comme un gant bien fait à une belle main. » Dans les colonnes de L’Action française, on peut même lire : « Le nationalisme sous-entend une idée de protection du travail et des travailleurs, et l’on peut même, au moyen des calembours qui sont fréquents en politique, y faire entrer l’idée de nationaliser le sol, le sous-sol, les moyens de production. Sans calembour, un sentiment national plus intense, avisé par une administration plus sérieuse des intérêts nationaux, en tant que tels, pouvait introduire dans l’esprit de nos lois un compte rationnel des fortes plus-values que la société ajoute à l’initiative et à l’effort des particuliers, membres de la nation. Cette espèce de socialisme nationaliste était viable à condition d’en vouloir aussi les moyens, dont le principal eût dépendu d’un gouvernement fortement charpenté. Si l’État doit être solide pour faire face à l’Étranger, il doit l’être bien davantage pour résister à cette insaisissable étrangère, la Finance, à ce pouvoir cosmopolite, le Capital » (2 août 1914).

 

 

 

De leur côté, Pierre Drieu La Rochelle et Maurice Bardèche font appel à un « socialisme fasciste »dans une perspective européenne. Un « socialisme européen » loué plus tard par Jean Mabire.

 

 

 

En Allemagne, le courant Jeune-Conservateur prône un socialisme soldatique et communautaire. Arthur Moeller van den Bruck constate : « Chaque peuple a son propre socialisme. » Il renvoie à Oswald Spengler (Prussianité et Socialisme) et à Werner Sombart (Le Socialisme allemand). Un socialisme national qu’il ne faut pas confondre avec le national-socialisme…

 

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16/10/2018

SA DERNIÈRE CHARGE:

 

 

 

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Jean Cau n'est pas parti sans laisser d'adresse... Avant de tirer sa révérence à un monde qui lui inspirait un mépris souriant, il avait confié à des mains amies les manuscrits de ses dernières charges, de ses dernières « embestidas », comme disent les aficionados :Contre-attaques et Composition française sont remplis d'une sainte et joyeuse colère, ainsi que d'une nostalgie bouleversante. Nostalgie d'une civilisation où les mots avaient encore un sens, où les objets avaient du poids, et les hommes un nom. À lire d'urgence. Pour apprendre à résister...

 

 

 

« Comme Jean-Jacques Rousseau – écrit Alain de Benoist –, Jean Cau abandonnait ses enfants à l'Assistance publique. Je veux dire qu'une fois ses livres écrits, leur sort lui devenait indifférent [...]. Il aimait écrire, il ne cherchait pas à paraî­tre. Aux deux sens de ce mot. » (1). Jean Cau était avant tout un homme libre. Les 2 livres qui ont été publiés depuis sa disparition confir­ment cette attitude tout aristocratique. Confiant le manuscrit deComposition française (Plon, 1993) à Oli­vier Orban et celui de Contre-attaques à A. de Benoist, il avait dit au premier : « Je ne sais pas ce que ça vaut », et au second : « C'est un texte pour vous, faites-en ce que vous voudrez » ! Superbe élégance d'un Cyrano délaissant les petits papiers du « Mercure François ».

 

 

 

On retrouve la droiture du Gascon dans Contre-attaques, second ouvrage posthume de Jean Cau. Tous les thèmes qui ont nourri ses pamphlets depuis 25 ans y sont réunis. Sévère diagnostic de notre décadence, l'ouvrage se situe entre le testament, la profession de foi et l'épitaphe. Puissant et plein de fraîcheur, c'est un de ses meilleurs livres. Quel plaisir, quelle tristesse aussi, de voir ce picador enfour­cher une dernière fois son cheval de bataille en déclarant avec le héros d'Edmond Rostand : « J'aime raréfier sur mes pas les saluts, et m'écrier avec joie : un ennemi de plus. »

 

 

L'INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ DES CHOSES

 

 

Mi-essai, mi-pamphlet, Contre-attaques s'ouvre sur un Éloge incongru du lourd. « Jean Cau, écrit Gérard Spiteri, qui a toujours pris soin de multiplier les anticorps contre l'obésité intellectuelle, ne parle pas de l'esprit. Il s'en prend avec une ironie féroce à cette légèreté physique et symbolique de notre époque qui a fait du jetable le nec plus ultra de la civilisa­tion » (2). Cet éloge du lourd n'est pas anodin. À partir d'objets courants, c'est à une formi­dable charge contre la modernité que se livre Jean Cau. « A-t-on réfléchi, écrit-il, à ce que recèle l'acte de jeter, en son sens le plus profond ? Il recèle le mépris. Et si je te jette, rasoir, ce n'est pas parce que tu es vieux mais, mets-toi bien ça dans la tête, parce que tu ne vaux plus rien. Le rasoir Bic ou les briquets Cricket deviennent la remarquable illustration d'une société qui fait l'impasse sur la question du sens. Jetables, ils « ont tué l'amour et détruit la sensibilité puisqu'ils nous ont désappris à être, à quelque chose et partant à quelqu'un, fidèles ». Et, nous dit Jean Cau, essayez de dire : « J'aime mon Cricket » !

 

 

 

Son éloge incongru du lourd ne s'oppose pas tant au léger qu'au mou et à l'éphémère. La force, la durée ont laissé la place à l'immédiat, au jetable. Rien ne tient, rien n'est dur, rien ne dure. La civilisation du « progrès » émousse les sentiments, raccourcit les deuils et ramollit les idées. La société de consommation se charge de fournir perpétuellement des objets neufs, sans histoire, sans mystère et sans âme. L'homme, qui dans un premier temps a fait du monde un objet, s'est ensuite lui-même perdu dans un sys­tème d'objets. On aimait, naguère, conserver et transmettre. On estimait en chaque chose la solidité. « Le temps lui aussi, remarque Jean Cau, faisait un long usage et il y avait de la durée partout, dans les fiançailles et les mariages, dans les rêves et les amours. C'était solide. Même la miche de pain que mes bras d'enfant arrivaient à peine à embrasser, tant elle était énorme, durait huit jours et l'acte de jeter du pain relevait des tribunaux sacrés. » Et ce respect disparu, tout ce qui est « vieux » est condamné : « Comme nos sociétés sont en per­pétuelle fuite, elles s'allègent pour que leur course soit plus rapide. »

 

 

 

 

Si Jean Cau se bat, c'est d'abord et avant tout contre un monde envahi par la laideur. « La beauté, écrit encore Spiteri, est la seule divinité à laquelle il ait jamais cru. » Son éthique, sans aucun doute, était avant tout esthétique. Il ne pouvait écrire, par ex., qu'à la main, pour la beauté du geste. L'écriture reste une cérémo­nie (3). L'encre, le papier, la plume qui court, voilà pour lui une joie physique, palpable : « Je m'ébahis aussi d'être ce moine qui écrit à la main, à l'encre (je préfère ne pas connaître sa composition), sur du papier (même observation), à l'aide d'un lourd stylo à la plume or 18 carats. Mon contemporain se moque en me voyant tra­cer mes humides sillons [...]. Mon contempo­rain, lui, écrit (?) à la machine. Soit ! Mais ima­gine-t-on Racine écrivant Bérénice, toc, toc, toc, à la machine ? [...] Jean, à Patmos – mille regrets ! – n'a pas tapél'Apocalypse ».

 

 

 

 

Jean Cau, enfant, n'a connu ni vinyle et nylon, ni Bic et Cricket. Fidèle à sa première jeunesse (4), il se souvient, avec style et pudeur, de l'époque où les objets étaient des trésors et les meneurs de chahut des seigneurs de la guerre, où le sac de billes devenait un butin inestimable et le vieux couteau du père un bien presque sacré. Mais dans Contre-attaques, c'est aussi un Jean Cau orphelin que l'on retrouve, étranger dans un monde peuplé d'anonymes : « Notre prochain n'a plus qu'un prénom. Finie l'époque où le nom renvoyait à l'histoire d'une famille, d'une lignée. Notre voisin ne peut se distinguer ni par ses habitudes, ni par ses vête­ments, ni par son travail qui sont semblables aux nôtres ou presque ».

 

 

QUE RESTE-T-IL DE SON ESPAGNE ?

 

 

 

Journal de ses rêveries d'écriture, Composition française n'a sans doute pas l'éclat de Contre­attaques. Passé maître dans l'art du pamphlet ou de la nouvelle, Jean Cau se livre plus diffici­lement dans ce genre littéraire qu'il n'avait jamais exploré. Quelques éclairs foudroient pourtant. Que la modernité vienne menacer « son » Espagne (5), et aussitôt renaissent son style et son élan : « Des monstres d'acier jaune, bulldozers, pelleteuses, bétonneuses, tracent des autoroutes. Bientôt, il n'y aura plus de boue, ni de poussière dans ce pays d'Espagne. Déjà, un âne s'y éteint et la mouche et le curé s'y font rares ainsi que l'enfant. Boue, poussière, ânes, mouches, curés et enfants disparus, que restera­t-il de mon Espagne ? Le soleil lui-même y est combattu, grâce à l'air conditionné, et, propos inouï ! des Espagnols qui naguère ironisaient sur la mine accablée du touriste s'épongeant et en lequel ils voyaient un vaincu, se plaignent aujourd'hui de la chaleur. »

 

 

 

Ainsi jaillit par intermittence la force imprécatoire du digne héritier d'un Bloy ou d'un Bernanos. Contraint d'affronter une époque sans géants, il s'est battu avec rage contre le mou, le flasque : « Tu as voulu opérer le renversement de toutes les valeurs, dit-il à l'adresse de Nietzsche, mais, ce que tu ne soup­çonnais pas, c'est que viendrait un siècle, le XXe en son agonie, où ton courage titanesque serait sans emploi parce qu'il n'y aurait plus de valeurs à renverser. »

 

 

 

 

► Xavier Marchand, éléments n°80, juin 1994.

 

 

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28/09/2018

SUR DEUX ESSAIS PUBLIES AVEC 10 ANS DE DISTANCE :

 

 

 

 

 

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   "Martin Heidegger, Philosophe incorrect" de Jean-Pierre Blanchard, 2e édition "Dualpha"(Paris) en 2017

 et "La Révolution et comment la faire dans une société moderne"de Kai Murros, éditions "Ars Magna"(Nantes) en 2007.

 

 

 

        Nous allons d'abord essayer de répondre à la question cruciale"Pourquoi avoir choisi ces essais écrits par deux militants tout à fait différents" ? C'est vrai que le Pasteur Blanchard est une personne très humaniste et la preuve serait le fait qu'avec son "Action Sociale Populaire" il pratique l'aide aux nombreux clochards de la capitale. "La faim justifie les moyens" serait le titre d'un autre ouvrage à lui. L'éditeur du finlandais Kai Murros par contre serait Christian Bouchet, qui avait écrit sa thèse sur le "sataniste" (personellement nous préférons le qualificatif de "magicien" pour lui) Aleister Crowley et que cette dernière a été éditée par son ancienne maison "éditions du Chaos".

 

 

 

        Même si Kai Murros utilise un style d'écriture "néo-marxiste"et que plusieurs citations de Marx et Engels sont reprises sur son site officiel, pourtant cet essai ci-dessus est tout à fait anti-marxiste: "le vrai capital ne consiste pas en billets de banque" (op.cit.p.6). Il nous tire l'attention sur le fait que la nation serait l'élément le plus important de l'humanité. Nous avions lu les escroqueries de Marx pendant notre période universitaire et nous avions été frappé par le fait que sa doctrine est creuse et utopique dans un degré extrême. Deirdre Manifold écrivait sur lui:"Marx fut un imposteur, un menteur et, pire de tout, sataniste"(citation reprise aux éditions Saint Remi, page 128 en 2007). Cette conclusion plairait sûrement à Monsieur Bouchet (qui a fait dernierement une grande ouverture aux thématiques musulmanes et parfois intégristes) et pour cette raison nous la reproduisons ici.

 

 

         Murros fait l'apologie de la violence gratuite comme moyen de Révolution :il dit qu'il faura utiliser le vide créé par le capitalisme. "Nous triompherons du crime organisé" (op.cit.page 5).

 

 

  Blanchard par contre prône l'amour de nos Supérieurs : "L'être jeté au monde renvoie à l'Être tout-puissant, créateur tout puissant, Dieu"(op.cit.page 60). Méme si cette deuxième édition de son essai a été fait par "Dualpha", un éditeur reputé comme "paganiste", nous avons adoré son essai sur le plus grand philosophe du vingtième siècle.

 

 

 écrit par Dionysos ANDRONIS

 

 

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10/08/2018

Réflexions sur la violence, de Georges SOREL:

 

 

 

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         Georges SOREL (1847-1922), philosophe et sociologue français, inclassable sur le plan politique et certainement désireux de l'être, auteur de nombreux écrits sur le syndicalisme, le marxisme (dont il suit la "décomposition" en 1910) et le prolétariat, rédige vers 1906, Réflexions sur la violence.
 
 

   Lecteur assidu de PROUDHON, de Karl MARX, de Giambattista VICO (1668-1744), d'Henri BERGSON (1859-1941) et de William JAMES (1842-1910), il participe aux débats entre les deux siècles sur la crise du marxisme et contribue à l'émergence théorique du syndicalisme révolutionnaire. Déçu par la CGT (Confédération Générale du Travail), il se rapproche en 1909-1910 de Charles MAURRAS, pour son fédéralisme, malgré son nationalisme qu'il réprouve. Opposé à la guerre de 1914-1918, favorable à LENINE (ce qui n'est pas réciproque...), il défend les bolcheviks. Scientifique (il publie des études en météorologie et en hydrologie), sociologue (il entretient une correspondance suivie avec Vilfredo PARETO), Georges SOREL rédige nombre de ses ouvrages en italien.
 
 


          Réflexions sur la violence est divisé en 7 chapitres et comporte trois appendices. Georges SOREL introduit en 1907 son livre par une lettre à Daniel HALEVY (1872-1962) où il se présente comme autodidacte, se voulant conscient que la philosophie "n'est qu'une reconnaissance des abîmes entre lesquels circule le sentier qui suit le vulgaire avec la sérénité des somnambules". Animé par une certaine colère contre des révolutionnaires qui se transforment en "pacifistes ridicules" une fois parvenus au pouvoir, l'auteur défend une conception pessimiste de la réalité, surtout sociale, et veut préserver à tout prix la volonté de délivrance.
 
 

   Conscient également de froisser même des communistes convaincus, il écrit : "Je comprend que ce mythe de la grève générale froisse beaucoup de gens sages à cause de son caractère d'infinité ; le monde actuel est très porté à revenir aux opinions des anciens et à subordonner la morale à la bonne marche des affaires publiques, ce qui conduit à placer la vertu dans un juste milieu. Tant que le socialisme demeure une doctrine entièrement exposée en paroles, il est très facile de le faire dévier vers un juste milieu; mais cette transformation est manifestement impossible quand on introduit le mythe de la grève générale, qui comporte une révolution absolue."
 
 

 Plus loin, il estime qu'un révolutionnaire a le devoir de compléter Karl MARX par ce mythe de la grève générale, devenu populaire, et par la description de la violence prolétarienne.
 
 

   Dans l'avant-propos, il clame qu'"il ne faut pas examiner les effets de la violence en partant des résultats immédiats qu'elle peut produire, mais de ses conséquences lointaines. (...) Nous ne comparons pas deux méthodes de réformisme, mais nous voulons savoir ce qu'est la violence actuelle par rapport à la révolution sociale future".
 
 

 Georges SOREL n'a pas la prétention de présenter une théorie complète de la violence : il s'agit sous ce titre du rassemblement d'une sére d'articles, quoique très remaniés, parus dans la revue italienne Il Devenire sociale.
 


          Lutte des classes et violence marque d'emblée où se situent les vrais combats : entre groupes pauvres et groupes riches. Georges SOREL dénonce dans ce premier chapitre les "illusions relatives à la disparition de la violence" et l'influence de la peur sur la législation sociale et ses conséquences. Il observe que "les théories et les agissements des pacificateurs sont fondés sur la notion du devoir et que le devoir est quelque chose de complètement indéterminé, - alors que le droit recherche les déterminations rigoureuses." Il n'y a pas plus de devoir social (obéir aux dispositions de l'ordre intérieur) que de devoir international (l'obligation de servir l'Etat contre ses ennemis extérieurs).
 

        
        La décadence bourgeoise et la violence met l'accent sur les méthodes des parlementaires s'appuyant sur la peur. La diplomatie parlementaire "se joue à tous les degrés : avec le gouvernement, avec les chefs de groupes dans le parlement, avec les électeurs influents. Les politiciens cherchent à tirer le meilleur parti possible des forces discordantes qui se présentent sur le terrain politique.".
 
 

Discourant sur les mérites respectifs de JAURES et de VAILLANT, il condamne les deux méthodes du socialisme officiel qui "supposent une même donnée historique. Sur la dégénérescence de l'économie capitaliste se greffe l'idéologie d'une classe bourgeoise timorée, humanitaire et prétendant affranchir sa pensée des conditions de son existence ; la race des chefs audacieux qui avaient fait la grandeur de l'industrie moderne disparaît pour faire place à une aristocratie ultra-policée, qui demande à vivre en paix. Cette dégénérescence comble de joie nos socialistes parlementaires."
 
 

Plus loin, l'auteur écrit : "Deux accidents sont seuls capables (...) d'arrêter ce mouvement : une grande guerre étrangère qui pourrait retremper les énergies et qui, en tout cas amènerait, sans doute, au pouvoir des hommes ayant la volonté de gouverner ; ou une grande extension de la violence prolétarienne qui ferait voir aux bourgeois la réalité révolutionnaire et les dégouterait des platitudes humanitaires avec lesquelles JAURES les endort. C'est en vue de ces deux grands dangers que celui-ci déplie toutes ses ressources d'orateur populaire : il faut maintenir la paix européenne à tout prix ; il faut mettre une limite aux violences prolétariennes."
 

   Suivant Karl MARX, Georges SOREL refuse ces contrats collectifs et le particularisme corporatif propre à éviter la révolution. Seule la révolution violente prolétarienne peut assurer la révolution future, la réelle,
 

 et le danger qui menace vraiment l'avenir du monde ne peut être écarté que si le prolétariat parvient à "reconsolider la division en classes et à rendre à la bourgeoisie quelque chose de son énergie". Cette révolution prolétarienne est au service "des intérêts primordiaux de la civilisation". Elle doit agir, non pour obtenir des avantages immédiats, mais pour "sauver le monde de la barbarie", entendez par là sauver le monde du capitalisme.
 


           Le troisième chapitre s'élève contre les préjugés contre la violence. Il récuse l'image que le grand public se fait de la violence prolétarienne, qui provient de l'expérience de la Révolution Française, et singulièrement de 1793. Le public a en tête le souvenir "des opérations de police, des proscriptions et des séances de tribunaux serviles". Contre cette image, Georges SOREL veut restituer la réalité des journées de cette année ressentie comme funeste. "La férocité des conventionnels s'explique facilement par l'influence des conceptions que le Tiers Etat avait puisées dans les pratiques détestables de l'Ancien Régime." Depuis cette époque, de grands changements sont intervenus. Notamment l'affaire DREYFUS qui "nous a montré que l'immense majorité des officiers et des prêtres concevait toujours la justice à la manière de l'Ancien Régime". L'auteur clame que "Nous avons le droit de conclure (...) que l'on ne saurait confondre les violences syndicalistes exercées au cours des grèves par des prolétaires qui veulent le renversement de l'Etat avec ces actes de sauvageries que la superstition de l'Etat a suggérés aux révolutionnaires de 93, quand ils eurent le pouvoir en main et qu'ils purent exercer sur les vaincus l'oppression (...)". Dans le texte, Georges SOREL évoque surtout l'apparence juste qu'a l'Etat qui continue tout de même son travail d'oppression depuis la fin de la Révolution Française, mais n'apporte pas véritablement d'arguments solides (à part des réflexions sur l'intensité des violences sociales exercées) pour défendre ce qu'il faut tout de même penser comme un acte de foi.
 


       Ayant écarté les préjugés contre la violence, il peut développer au chapitre 4 la grève prolétarienne. Il oppose les confusions des socialismes parlementaires à la clarté de la grève générale. Il veut perfectionner le marxisme en partant de cette grève générale, préparer la révolution et la rendre "irréformable".
  "Les syndicats révolutionnaires raisonnent sur l'action socialiste exactement de la même manière que les écrivains militaires raisonnent sur la guerre; ils enferment tout le socialisme dans la grève générale ; ils regardent toute combinaison comme devant aboutir à ce fait ; ils voient dans chaque grève une imitation réduite, un essai, une préparation du grand bouleversement final". Georges SOREL se réclame d'une nouvelle école, "qui se dit marxiste, syndicaliste et révolutionnaire (et qui s'est) déclarée favorable à l'idée de grève générale, dès qu'elle a pu prendre une claire conscience du sens vrai de sa doctrine, des conséquences de son activité ou de son originalité propre."
 
 

  "Il importe peu que la grève générale soit une réalité partielle, ou seulement un produit de l'imagination populaire. Toute la question est de savoir si la grève générale contient bien tout ce qu'attend la doctrine socialiste du prolétariat révolutionnaire."  En ce sens, Georges SOREL croit beaucoup à la force du mythe de la grève générale, très influencé qu'il est par les thèses de BERGSON sur la force des représentations mentales des événements, qui agit directement sur la réalité. "Grâce à eux (ces hommes qui agissent pour la grève générale), nous savons que la grève générale est bien ce que j'ai dit : le mythe dans lequel le socialisme s'enferme tout entier, c'est-à-dire une organisation d'images capables d'évoquer instinctivement tous les sentiments qui correspondent aux diverses manifestations de la guerre engagée par le socialisme contre la société moderne. Les grèves ont engendré dans le prolétariat les sentiments les plus nobles, les plus profonds et les plus moteurs qu'il possède ; la grève générale les groupe tous dans un tableau d'ensemble et, par leur rapprochement, donne à chacun d'eux son maximum d'intensité; faisant appel à des souvenirs très cuisants de conflits particuliers, elle colore d'une vie intense tous les détails de la composition présentée à la conscience. Nous obtenons ainsi cette intuition du socialisme que le langage ne pouvait pas donner d'une manière parfaitement claire - et nous l'obtenons dans un ensemble perçu instantanément.".
 
 
 

      Dans une grand partie de ce chapitre, l'auteur essaie de montrer l'indentité fondamentale entre les thèses capitales du marxisme et les aspects d'ensemble de la grève générale.
 
 
 


      Deuxième grand chapitre au coeur de ses Réflexions sur la violence, le cinquième chapitre porte sur la grève générale politique. Georges SOREL dénonce l'emploi des syndicats par les politiciens et s'appuie sur l'expérience des grèves générales en Belgique et en Russie pour montrer à quoi peut ressembler une véritable grève générale, politique et non politicienne. Il indique la différence essentielle entre grève entendue au sens de la lutte des classes et grève instrumentalisée par l'Etat. "Tantôt on emploie les termes force et violence en parlant des actes de l'autorité, tantôt en parlant des actes de révolte. Il est clair que les deux cas donnent lieu à des conséquences fort différentes. Je suis d'avis qu'il y aurait grand avantage à adopter une terminologie qui ne donnerait lieu à aucune ambiguïté et qu'il faudrait réserver le terme violence pour la deuxième acception ; nous dirions que la force a pour objet d'imposer l'organisation d'un certain ordre social dans lequel une minorité gouverne, tandis que la violence tend à la destruction de cet ordre. La bourgeoisie a employé la force depuis le début des temps modernes, tandis que le prolétariat réagit maintenant contre elle et contre l'Etat par la violence." 
Dans le processus de la grève générale, Georges SOREL est très clair : "on peut encore dire que le grand danger qui menace le syndicalisme setait toute tentative d'imiter la démocratie ; il vaut mieux pour lui savoir se contenter, pendant un temps, d'organisations faibles et chaotiques que de tomber sous la domination de syndicats qui copieraient des formes politiques de la bourgeoisie."
 
 


      La moralité de la violence est un chapitre qui semble partir dans plusieurs directions, mais qui aboutit à "la recherche du sublime dans la morale".
 
 

  - Ainsi, Georges SOREL examine d'abord la possibilité de maintenir la scission avec peu de violence grâce à un mythe catastrophique, pour... la récuser.
 
 

  - Ensuite, il pointe les anciennes habitudes de brutalité dans les écoles et les ateliers, la stigmatisation des classes dangereuses, l'indulgence pour les crimes de ruse (entendez par là les jeux d'argent de la haute finance).
 
 
 

  - Toute une partie est consacrée à la loi de 1884, dite WALDECK-ROUSSEAU, sur les syndicats, visant à institutionnaliser l'arbitrage. La radicalité de Georges SOREL s'exprime toujours pleinement : "Transformer les syndicats en associations politico-criminelles servant d'auxiliaires au gouvernement démocratique, tel fut le plan de WALDECK-ROUSSEAU depuis 1884; les syndicats devaient jouer un rôle analogue à celui que nous avons vu jouer aux Loges, ceux-ci servant à faire l'espionnage des fonctionnaires, ceux-là étant destinés à menacer les intérêts des patrons peu favorables à l'administration; les francs-maçons étant récompensés par des décorations et des faveurs accordées à leurs amis; les ouvriers étant autorisés à arracher à leurs patrons des suppléments de salaire. Cette politique était simple et ne coûtait pas cher."
 
 

   - L'auteur se centre sur le socialisme allemand pour montrer que les traditions nationales jouent un très grand rôle.
 

 
       Le dernier chapitre dénonce la morale des politiciens démocrates. Évoquant tour à tour les inquiétudes de RENAN, la morale de NIETZSCHE, la théorie de PROUDHON sur la famille, la morale d'ARISTOTE et les hypothèses de KAUTSKY, Georges SOREL veut montrer la vraie morale des producteurs, celle des travailleurs des ateliers, des artistes et des soldats de la liberté. "(...) l'idée de la grève générale, rajeunie par les sentiments que provoque la violence prolétarienne, produit un état d'esprit tout épique et, en même temps, tend toutes les puissances de l'âme vers des conditions qui permettent de réaliser un atelier fonctionnant librement et prodigieusement progressif."
 
 


         Trois appendices terminent le livre de Georges SOREL, Unité et multiplicité, très influencé par RENAN et BERGSON ; Apologie de la violence, nécessaire au socialisme (article paru en 1908) et pour LENINE (1918) qui réagit à un article du Journal de Genève.
 
 


        L'impact des Réflexions sur la violence ne peut se distinguer de celui de l'oeuvre de Georges SOREL dans son ensemble, notamment parce que précisément, ce livre est constitué d'une réunion d'écrits publiés auparavant dans des journaux. Nombre d'auteurs s'en sont inspirés, aux deux extrêmes de la pensée politique. Pierre LASSERRE (Action française), comme Walter BENJAMIN ou Carl SCHMITT, ou encore François PERROUX... L'oeuvre est peu connue en France, et encore moins lue, que dans les autres pays. Il faut noter que Georges SOREL n'est pas l'inventeur du syndicalisme révolutionnaire. Fernand PELLOUTIER l'a précédé. A l'image du parcours de son auteur, l'accueil fait aux Réflexions sur la violence reste ambigu. Si les affinités entre Georges SOREL et Benito MUSSOLINI sont loin d'être incontestables, la filiation avec LENINE, souvent proclamée, est encore plus discutable. Si l'on suit Louis SOUBISE, "le principal paradoxe de l'oeuvre sorélienne réside peut-être en ceci que son anarchisme proudhonien et sa violence nietzschienne se veuillent la plus haute fidélité à MARX en insufflant une épique à la théorie et à la pratique marxistes."
 
 
 


       Georges SOREL, Réflexions sur la violence, 1908, Marcel Rivière. L'édition de 1936, huitième édition, comporte le plaidoyer pour LENINE. Il s'agit d'un ouvrage de 458 pages, numéro IV des "Etudes sur le devenir social".
 
 

Le plaidoyer pour LENINE est ajouté lors de la quatrième édition définitive chez le même éditeur toujours en 1919.
 

Une édition de 1990, avec bibliographie et index est disponible aux Editions Seuil. Une autre édition 2006 est également disponible chez Labor.
 

Par ailleurs, une édition électronique sur Internet est disponible sur le site de l'UQAC (Université du Quebec A Chicoutimi),  classiques en sciences sociales : celle de 1972 parue chez Marcel Rivière. Comme d'autres oeuvres de Georges SOREL, tombées dans le domaine public, comme tout ouvrage datant d'avant 1923.
 
 

     Louis SOUBISE, article Georges SOREL, Encyclopedia Universalis, 2004.
 
 
 
 

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03/08/2018

Vilfredo Pareto:

 

 

Biographie :

 

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Vilfredo Pareto est né en 1848 à Paris, l'épicentre des révolutions populaires de cette année. Son père, Raphaël Pareto, est un ingénieur italien, noble génois, exilé d'Italie comme partisan de Mazzini, républicain et anti-piémontais ; sa mère, Marie Métenier (1813-1889), est française, issue d'une modeste famille de vignerons de l'Allier. Le grand-père paternel, Giovanni Benedetto Pareto, avait été fait baron de l'Empire par Napoléon.

 

 

Pendant son enfance, il fait ses études primaires à Paris, et son père ayant été politiquement réhabilité en 1858, ses études secondaires à Gênes. En Italie, Pareto vit dans un milieu de la classe moyenne, recevant une éducation de niveau élevé. Il fait des études supérieures de sciences mathématiques et physiques à Turin et, en 1870, il est diplômé en ingénierie de l'École polytechnique de Turin. Sa thèse est intitulée Principes fondamentaux de l'équilibre des corps solides. Il manifeste son intérêt pour l'analyse de l'équilibre en économie et sociologie et devient, en 1874, membre fondateur de la Società Adamo Smith (société florentine d'économie politique).

 

 

Pendant quelques années, il travaille comme ingénieur, d'abord pour la compagnie italienne des chemins de fer, publique, puis dans l'industrie privée et devient directeur des Ferriere italiane. Son travail le fait voyager.

 

 

En 1886 il devient maître de conférences à l'université de Florence. Son séjour à Florence est marqué par son activité politique, largement alimentée par ses frustrations contre les régulateurs étatiques. Libéral, il attaque le socialisme, le militarisme et le protectionnisme du gouvernement.

 

 

En 1889, après la mort de ses parents, Pareto change de style de vie : il quitte son travail et se marie à Alexandra Bakounine, d'origine russe. Il commence à écrire de nombreux articles polémiques contre le gouvernement, ce qui lui vaut des difficultés avec les autorités comme l'interruption d'une de ses conférences par la police ou le refus d'une autorisation d'enseigner l'économie politique.

 

 

En 1893, il est nommé maître de conférences en économie à l'université de Lausanne en Suisse à la place de Léon Walras qui le lui a proposé. À ce poste, il participe à la renommée de l'école de Lausanne : sous son impulsion en effet, les facultés de droit et de lettres proposent au canton de Vaud, en 1902, la création d'un nouveau diplôme universitaire, un diplôme de sciences sociales. En 1907, le canton crée la première chaire suisse de sciences politiques et sociales et la lui confie. En 1909, Vilfredo Pareto abandonne l'enseignement pour se consacrer entièrement à la sociologie et à l'écriture.

 

 

En 1898, il héberge des socialistes italiens fuyant la répression des émeutes.

 

 

 

En 1902, sa femme le quitte, mais le divorce n'est prononcé que le 19 juin 1923, deux mois avant sa mort. À partir de 1902, il vit avec Jeanne Régis, et ce, jusqu'à sa mort.

 

 

En 1906, il fait la fameuse observation selon laquelle vingt pour cent de la population possède quatre-vingts pour cent de la propriété en Italie, observation à l'origine du principe qui porte son nom.

 

 

En 1917, l'université de Lausanne organise son jubilé.

 

  

En 1923, il conseille aux fascistes d'adopter une politique libérale. Il meurt à Céligny, dans le canton de Genève, le 19 août 1923.

 

 

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29/06/2018

Jean CAU « le cathare »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est le 18 juin 1993, en plein solstice d’été que Jean Cau nous a quitté pour reposer dans sa terre natale de Carcassonne. Il vit le jour à Bram en 1925, dans cette terre dure et âpre du Lauragais qui façonne les hommes à la serpe d’une rudesse proverbiale. Comme beaucoup, les feux de paris l’attirèrent. À 25 ans, après avoir passé sa licence de philo, il partit à la conquête de la ville des prodiges.

 

 

Un drôle de paroissien

 

 

Il va rapidement devenir un des légendaires « paroissiens » du tout Paris existentialiste de Saint-Germain-des Prés. En 1947, Jean-Paul Sartre l’engagea comme secrétaire. Près de celui dont il se dira le « fils indocile », Jean Cau participera pendant neuf années à tous les grands débats de la gauche d’alors. On le trouve aux côtés de Simone de Beauvoir, Jean Genet, au cœur de cette fébrile intelligentsia, où la dialectique n’enlève rien au brillant des débats. Il occupe à cette époque, pour travailler, un miniscule bureau rue Bonaparte. Il se rend souvent au théâtre en compagnie de Simone de Beauvoir pour voir répéter les pièces de Jean-Paul Sartre. Il déclarera plus tard : « Je ne luis dois rien mais je lui dois tout ! », il ajoutera « le secrétaire de Sartre ! Jamais titre ne fut plus cocassement porté, jamais patron semblable ne naîtra sous le soleil ».

 

 

Les Temps Modernes et le Goncourt

 

 

À partir de 1949 il va collaborer à la revue des « temps modernes », il va devenir un écrivain accompli et c’est très justement qu’il recevra en 1961 le prix Goncourt pour son roman La Pitié de Dieu. Comment celui qui avait commencé sa carrière sous les auspices favorables de Jean-Paul Sartre et de France-Observateur [ancêtre du Nouvel Observateur], comment celui qui venait de recevoir le prestigieux prix Goncourt, par un de ces coups de tonnerre, par un courage fou, allait se mettre à dos tout le gratin de la gauche intellectuelle ? Comment Jean Cau est-il devenu un homme de droite ? Lui, aimait à dire qu’il se demandait comment il avait pu être de gauche. Ce paradoxe n’est qu’apparent, en se penchant sur ses racines paysannes et sudistes il affirmait : « c’est moi fils, petit-fils, et arrière petit-fils de serfs qui scande l’éloge de la noblesse ». Ce fut une prise de conscience que de réaliser qu’il appartenait à un autre monde, un monde qui n’était pas gouverné par l’argent, mais par la parole, un monde resté féodal ou seigneurs et serfs étainet précisément du même monde.

 

 

 

L’empreinte de Nietzsche

 

 

 

C’est ce qui le conduira à Nietzsche et à ses affirmations marquées de son sceau « une société inégalitaire produit des élites, une société égalitaire fabrique des malins ». Dès ces premières lignes imprimées, toute la philosophie de Jean Cau y est contenue, et sans qu’il le sache déjà, il ne pouvait pas être de gauche. Ce qu’il reprochera à notre époque est : la lâcheté, la braderie de l’héritage de civilisation légué par nos pères au profit d’un mercantilisme de bas étage, c’est de trahir ce qui a fait notre grandeur et notre force, pire c’est d’en avoir honte et de choisir la voie de l’infantilisation pour fuir les responsabilités. Ce qu’il haïssait le plus dans cette gauche « molle » c’est la légitimation idéologique de l’abaissement.

 

 

 

Retour aux sources

 

 

 

Né sur une terre dure, du côté gris de notre midi qu’il aima avec passion, il fit l’acquisition à deux pas de la mer, d’une bergerie donnant sur l’étang de Bages et de Peyriac de mer qu’il aménagea. On peut voir de ce point de vue imprenable les trains venant de Perpignan qui en rentrant dans Narbonne passe devant la maison de l’autre grand Audois, Charles Trénet qui y repose maintenant.

 

 

Sa grande passion pour l’Espagne

 

 

 

Mais la grande passion de Jean, ce fut l’Espagne, celle qui était encore fière et pouilleuse, celle qu’il chanta avec une passion brûlante dans un de ces livres phares : Sévillanes [1987]. Il retrouvait dans les valeurs héroïques du peuple espagnol, la clef de son âme, comme eux, Jean ne pouvait admettre l’amour que comme consubstantiel de la mort. Il aimait à dire que quand on aime la corrida, on ne peut être de gauche, car la corrida est le drame sacré par excellence, la dernière survivance de l’antiquité. Il aimait dans la faena « le temple », cette espèce de douceur nonchalante, qui, dans certains instants de grâce, confère une noblesse indicible recommencée chaque fois, quand l’homme et la bête s’unissent comme dans une danse d’amour et de mort. « Pour moi, quand monte la musique accordée au temple, mon âme (mes ancêtres cathares sont-ils passés par là ?) s’épure pour s’ouvrir à la lumière, ma chair se fait verbe, douce mon endurance et je m’éprouve parfait, lavé de la souillure, car ce à quoi je participe est le bien ».

 

 

La solitude du réprouvé

 

 

 

Son cheminement fut exemplaire. Il faut faire preuve d’un courage hors-norme pour après avoir été à la mode, accepter le rôle du réprouvé, affirmer seul contre tous, que la grandeur est mieux que la bassesse, que l’héroïsme est plus honorable que la capitulation, que l’amour est préfèrable à l’érotomanie, que la guerre nécessite des vertus, et surtout que les peuples lâches sont asservis par les peuples braves. La dernière étape de son chemin de croix fut quand il assuma sans peur son nationalisme européen. La sanction ne se fit pas attendre : tous ses amis lui sont tombés dessus ; dès que son nom était prononcé, c’était des cris d’orfraies, dès qu’un de ces livres était publié c’était la chape de plomb du silence de la part des critiques, mais peu importe, il ft preuve d’un talent éclatant, fait de culture et d’ironie, sans parler de son immense contribution au journalisme.

 

 

 

À l’image de Fausto Coppi et de Manolete

 

 

 

C’est pudiquement et silencieusement que ce fils de petites gens du Languedoc, s’en est allé un vendredi de juin, à la veille de sa soixante-huitième année. Il représentait l’archétype du cathare insoumis, lui qui avait le physique de ses deux idoles Fausto Coppi et Manolete, issu comme il aimait à le dire d’une famille et d’un pays maigres, ce qu’il considérait comme une chance. Il était doté d’un orgueil qui le faisait appeler « le loup », en raison de son allure solitaire, il possédait une certaine idée de la France et de l’Europe, à laquelle nous sommes attachés et qui, pour nous comme pour Jean, rien ne peut venir en altérer notre fidélité. Toi, l’amoureux du terroir, de notre hsitoire et de sa grandeur, tu nous as montré la vraie liberté à travers ta vie et ton écriture, tu restes toujours présent dans nos cœurs.

 

 

 

Jean-Pierre Blanchard, Montségur n°6, nov. 2001.

 
 

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22/06/2018

REFLEXION DU PASTEUR...

 

 

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Sur le social

 

 

 

L'impératif catégorique sur le social a été exposé de manière la plus convaincante par Proudhon, toutes les fois qu'il traite de la capacité du peuple à peser sur l'économie. Son œuvre est ponctuée de nombreux plaidoyers en faveur de la capacité des gens à agir. Cette capacité repose sur la mise en porte-à-faux de la société et de l'Etat, lequel doit son existence à l'hypothèse erronée de l'impersonnalité et de l'inertie physique, intellectuelle et morale du peuple de France dans la question sociale. Selon Proudhon, rien ne peut être résolu définitivement sans la prise en main des rênes de l'administration politique. Pour en revenir à la vie réelle des hommes vivants et agissants, il nous faut, nous dit le jeune Marx, cesser la spéculation et s'engager dans une action qui agisse sur l'activité pratique des hommes.

 


 
Mon hypothèse est que" la praxis" constitue la première norme à respecter en ce qui concerne l'approche sociale. Il y a la possibilité pour les hommes de diriger l'économie au lieu de la subir comme c’est le cas maintenant. La praxis sociale solidaire est là pour transformer le réel, et éliminer le plus possible ce qui est contraire à un gouvernement populaire.

 

 


 
Evidemment, le risque d'échec encouru est grand, il faut agir ici et maintenant, sur le terrain de l'économie, car si le monde suivait la même volonté, il s'en porterait mieux. Cela passe par la mise sur pied de structures de micro crédits, de commerce équitable national, d'échanges non monétaires ou d'accompagnements et création d'entreprises alternatives et solidaires pour notre pays et pour les nôtres, qui font réseau sur tout notre territoire.

 

 


 
Cela ne se fabrique pas " in vitro" mais "in vivo". Les "œuvres" des patriotes alternatifs et solidaires ne peuvent donc pas se caler dans des dispositifs standardisés. On a sublimé les outils d'accompagnements mais minoré l'initiatives du citoyen. Pratiquer une approche sociale patriotique et alternative, c’est d'une certaine manière revenir en le modernisant, aux communautés de valeur de l'ancienne France. Cela se définit comme un mouvement critique de notre société, porteur d'une culture alternative pour un véritable changement social.

 


 
C’est comme cela que se nouera des relations d'entraide où chacun est le pair de l'autre. C'est le contraire de la relation d'assistanat, et cela par la mise en place de réseaux d'encadrement dans la convivialité.


     

 

Pasteur Blanchard

 

 

 

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