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« Viktor Orbán se pose en recours contre Emmanuel Macron en vue des européennes », s’inquiétait-on dans les colonnes du Monde. Pire, encore, le dirigeant hongrois prévenait les Allemands dans un entretien pour le journal allemand Bild : « Les Allemands en particulier doivent se montrer très attentifs » car « l’idée des Français, fondamentalement, c’est d’imposer un leadership français, tout en le finançant par de l’argent allemand. Je rejette un tel projet. Nous ne voulons pas d’une Union dirigée par la France. »
À force de donner des leçons de morale à droite et à gauche, le Président français est devenu, comme Merkel, l’homme à abattre, et on le sait lui aussi en situation de faiblesse. Sur la chancelière allemande, le Premier ministre hongrois a dit aux journalistes du Bild que s’il avait lui-même la même politique des réfugiés qu’elle, ses concitoyens le mettraient à la porte le jour-même. Il a remis le couvert le lendemain, c’est-à-dire le 28 juillet, devant les Hongrois de Roumanie en critiquant le manque de démocratie en Europe de l’Ouest, où la liberté d’expression est toujours plus restreinte.
À cette Europe post-soixante-huitarde, Viktor Orbán oppose la nouvelle génération, à laquelle Emmanuel Macron n’appartient que par l’âge biologique, mais pas par l’esprit : « La génération anticommuniste, chrétiennement engagée, de sensibilité nationale arrive maintenant dans la politique européenne. Il y a trente ans, nous croyions encore que l’Europe était notre avenir. Nous croyons aujourd’hui que c’est nous qui sommes l’avenir de l’Europe. »
Orbán promet, dans un premier temps, une vague populiste aux élections au Parlement européen de mai qui permettra de nommer une Commission européenne moins partiale, moins engagée aux côtés des libéraux-libertaires. « L’élite européenne a fait faillite, et le symbole de cette faillite est la Commission européenne. C’est une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que les jours de cette Commission sont comptés », a-t-il promis.
Matteo Salvini, catholique pratiquant comme Orbán est calviniste pratiquant, a l’ambition de fédérer les populismes en Europe, de créer « une Ligue des Ligues » pour répéter ailleurs son succès en Italie. Il adopte les mêmes accents que le Premier ministre hongrois et que les dirigeants polonais quand il dit, dans une interview publiée le 28 juillet, qu’« un pays qui ne fait pas d’enfants est destiné à mourir » et que la trop faible natalité sert « d’excuse » à la gauche pour « importer des immigrants ».
Et le ministre de la Famille Lorenzo Fontana, qui appartient aussi à la Ligue de Salvini et est lui aussi catholique pratiquant, d’annoncer des mesures en faveur de la natalité qui ressemblent fort à ce qui se fait en Pologne et en Hongrie, y compris dans le but de réduire le nombre d’avortements. Fontana souligne d’ailleurs, à l’opposé de ce qui existe depuis peu en France, qu’il est le ministre de LA Famille et non pas DES Familles : son rôle est de promouvoir la famille avec un père, une mère et des enfants.
Steve Bannon, l’ancien rédacteur en chef de Breitbart – également catholique pratiquant – censé avoir fortement contribué à la victoire du populiste Donald Trump aux États-Unis, se voit en Soros de droite et a annoncé, dans le Daily Beast, la création de sa fondation, The Movement, pour contribuer à la révolte populiste à travers tout le continent contre l’imposition par les élites sorosiennes d’une société sans frontières multiculturelle et libérale-libertaire. Il expliquait, le 20 juillet : « Je n’avais pas eu cette idée jusqu’à ce que Marine Le Pen m’invite à prendre la parole à Lille au Front national. Je lui ai dit : que voulez-vous que je dise ? » Et Marine Le Pen lui aurait alors répondu : « Tout ce que vous avez à dire, c’est que nous ne sommes pas seuls. »
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À l’heure où Laurent Ruquier, Nagui et Cyril Hanouna font la pluie et le beau temps à la télévision, il convient de s’interroger sur ce qu’elle revêt intrinsèquement. Et sur ce que véhiculent ses programmes le plus souvent délétères.
La télévision n’est pas neutre. Instrument d’aliénation des masses, elle nivelle les individus-téléspectateurs-consommateurs. D’ailleurs, les Français ne sont pas dupes. Un paradoxe existe à cet égard : plus ils la regardent, plus ils la stigmatisent. Plus ils vitupèrent contre elle, plus ils s’en montrent mécontents. Cette schizophrénie s’explique par le pouvoir d’attraction ensorcelant de la télévision.
Jacques Ellul a pu écrire : « La télévision satisfait, et pourquoi chercher plus loin ? J’ai vu l’objet lui-même. L’en soi. Cette mutation s’effectue par la transformation radicale de voir en vision. On visionne un film. Ce n’est plus l’appréhension de l’objet, de la réalité par ma propre vue, mais d’une image de cette réalité, vue par un autre, codée par un autre, et qui m’est proposée, simple image sans consistance, que ma vue fait prendre pour la réalité elle-même. » La télévision se transforme en une vision de la télé. Nous ne regardons plus la télévision, c’est la télévision qui finit par nous regarder. L’œil agit avant le cerveau. Orwell évoquait déjà les « télécrans » dans 1984. Le totalitarisme pointe son nez.
La télévision engendre des pathologies chez les enfants qui la regardent avec assiduité : chute constante du niveau scolaire, augmentation des homicides et suicides, troubles physiques et psychologiques. En effet, la télévision a remplacé l’éducation et l’école. L’individualisme fait alors des ravages. Les enfants passent une cinquantaine d’heures par semaine à la regarder ou à jouer à des jeux vidéo. Des centaines d’enquêtes prouvent que les enfants qui regardent beaucoup la télévision sont nettement plus agressifs que ceux qui la regardent peu.
Il est indispensable de s’inscrire en faux contre l’idée fortement répandue – notamment par les patrons de chaîne – « qu’il faut offrir aux gens ce qu’ils attendent », comme s’ils pouvaient savoir ce que les gens veulent voir en s’appuyant sur l’Audimat®. Les gens peuvent avoir un désir de s’élever en se divertissant.
Une télévision populaire de qualité pourrait accompagner la mission que doit s’assigner le service public. Ainsi, la télévision doit avoir un code éthique et déontologique qui permette d’apprécier sa juste place dans la société, ainsi que la valeur de ses programmes. Karl Popper et Jean Baudouin ont pu écrire à ce sujet : « Entre l’hypothèse obsolète d’un monopole étatique de la radio-télévision et le scénario actuel de la privatisation et de la concurrence sauvage, il y a peut-être place pour une solution intermédiaire : la création d’un ordre corporatif délivrant des permis de téléviser et pouvant à tout moment retirer les licences accordées. Ni le tout-État, ni le tout-marché. » Mais pour cela, il faut que les téléspectateurs regardent la télévision en s’imposant des limites afin d’échapper à son emprise. Une nécessaire prise de conscience difficile à imaginer. Et pourtant…

L’affaire Outreau a mis en lumière l’impact dramatique d’une erreur judiciaire. Dans ce cas précis, c’est la médiatisation de l’affaire et la présence de ténors du barreau qui ont permis l’ouverture d’une enquête parlementaire. Mais combien d’autres affaires ont vu la condamnation d’innocents ou le classement sans suite d’affaires impliquant la responsabilité évidente de magistrats, ces derniers bénéficiant du corporatisme de leurs pairs, l’institution judiciaire se contentant de laver le linge sale en famille. Récemment, encore, un juge d’instruction de Nanterre, poursuivi pour avoir pourtant commis un faux évident, a bénéficié d’un non-lieu.
Un homme politique, un militaire en zone de combat, un policier ou un avocat encourent tous différents types de responsabilités.
Prenons l’exemple de l’avocat, affublé de manière méprisante du qualificatif « d’auxiliaire de justice ». Ce dernier engage sa responsabilité professionnelle civile vis-à-vis de ses clients, déontologique vis-à-vis de ses confrères et pénale dans l’exercice difficile de sa profession qui le place au cœur de secrets et de confidences (obligation de dénoncer son client ou agissements dont il a connaissance). Et il n’est pas rare de voir des juges d’instruction essayer de déstabiliser la défense en s’en prenant à l’avocat.
Il en est de même pour le policier ou le militaire en opérations qui agissent souvent avec des ordres flous de leur hiérarchie et qui serviront de fusible au moindre dérapage.
Le magistrat ne sera jamais responsable que vis-à-vis de sa hiérarchie, contrairement à l’avocat qui, s’il est jugé en première instance pour les fautes disciplinaires par des confrères, sera jugé en appel par des magistrats professionnels. La responsabilité des magistrats qui ont commis une faute personnelle se rattachant au service public de la Justice ne peut être engagée que sur l’action récursoire de l’État. Toutefois, l’action récursoire de l’État à l’encontre d’un magistrat ayant commis une faute personnelle se rattachant au service public de la Justice n’a jamais été mise en œuvre.
S’il place en détention provisoire de manière abusive un innocent, c’est, le cas échéant, l’agent judiciaire de l’État qui paiera avec les deniers public, c’est-à-dire avec votre argent.
On entend bien l’argument a contrario qui consiste à dire qu’une telle responsabilité fragiliserait les décisions de Justice et ferait peser une épée de Damoclès au-dessus de la tête des juges. Mais cela signifie que les juges seraient les seuls à échapper à un véritable contre-pouvoir à l’heure ou la Justice est décriée. Or, nous ne sommes pas devant la justice divine mais devant une justice humaine imparfaite, par définition, où tout parti pris, négligence ou passion sont par définition inacceptables.
C’est la raison pour laquelle une véritable réforme judiciaire digne de ce nom doit envisager une telle responsabilité pénale et civile des magistrats pour des actes graves.
Certes, la loi organique du 22 juillet 2010 a fixé les conditions dans lesquelles les plaintes des justiciables sont examinées contre les juges présumés fautifs.
Cependant, d’une part, cette responsabilité est cantonnée au domaine disciplinaire alors qu’elle devrait être étendue aux domaines pénal et civil et, d’autre part, en quatre ans, 1.278 dossiers ont été enregistrés, dont seulement 29 ont été déclarés recevables, soit 2,25 %. Surtout, la composition du Conseil supérieur de la magistrature, une fois passé le filtre de la commission d’admission des requêtes, prise en sa formation disciplinaire, comprend majoritairement des magistrats, même si on y trouve également quelques personnalités nommées par les présidents de la République, du Sénat et de l’Assemblée nationale.
Il convient donc que les juges ne soient pas jugés par d’autres juges pour les affaires pénales et civiles commises dans l’exercice de leurs fonctions.
C’est la raison pour laquelle il conviendrait de créer une commission tripartite pour juger les juges pour les faits les plus graves, commission qui serait composée d’avocats, de juges et de citoyens, à l’image des jurés, pour exercer un véritable contre-pouvoir et éviter cet incroyable corporatisme et ce sentiment d’impunité qui place les juges au-dessus des lois.


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Ce n’est un secret pour personne : les quotidiens nationaux se vendent de moins en moins, certains étant même, tels Libération et L’Humanité, artificiellement maintenus sous perfusion financière. Il est, pourtant, des pays où la presse papier reste florissante. Comment expliquer ce paradoxe ?
Deux remarques pour commencer. D’abord, quand on parle de la crise de la presse française, c’est en fait de la presse parisienne qu’on veut parler. La presse régionale se porte un peu moins mal, bien qu’elle soit en général peu attractive. Tradition jacobine oblige, tout ce qui se veut d’audience « nationale » se doit d’être à Paris. Deuxième remarque : les journaux emploient des journalistes, mais il y a longtemps que ceux-ci ne les possèdent plus. Dix milliardaires, marchands d’armes, banquiers, représentants de l’industrie du luxe ou du bâtiment possèdent, à eux seuls, 89,9 % des quotidiens nationaux. Pourquoi Dassault, Bouygues, Lagardère, Drahi, Niel, Bernard Arnault investissent-ils dans la presse ? Certainement pas par philanthropie. Ils se targuent tous, la main sur le cœur, de ne pas peser sur les choix rédactionnels, mais ils n’ont nul besoin le faire : il leur suffit de s’assurer que ne seront jamais recrutés des adversaires de l’idéologie dominante (ce qui leur est assez facile, puisque les écoles de journalisme forment déjà à cela).
Pourquoi la presse se porte-t-elle si mal ? D’abord, bien sûr, parce qu’elle est mal faite. Quand on les compare à la presse quotidienne italienne ou allemande, le caractère misérable des quotidiens français saute aux yeux. Mais la cause principale, c’est évidemment la défiance envers les médias. Elle est, aujourd’hui, générale, mais elle est particulièrement significative quand elle s’exerce vis-à-vis de ceux qui sont censés informer. Les gens constatent que l’information est biaisée et qu’elle ne reflète en aucun façon ce qu’ils voient tous les jours autour d’eux. Les journalistes ne jouissent plus de la moindre autorité morale, la preuve en étant sur un certain nombre de problèmes-clés, au moins 80 % d’entre eux pensent exactement le contraire de ce que pensent 80 % des Français. Comment s’étonner de cette désaffection quand, comme le disait Guy Debord, « le vrai n’est plus qu’un moment du faux » ?
Autrefois, les journaux professaient des idées différentes. Aujourd’hui, on a l’impression qu’ils disent tous plus ou moins la même chose. Pourquoi ?
Journaux, télévisions, partis politiques : depuis trente ans, tous disent plus ou moins la même chose parce que tous raisonnent à l’intérieur du même cercle de pensée. On zappe sans cesse, mais on n’entend qu’une voix. La pensée unique est d’autant plus omniprésente dans les médias qu’elle s’exerce dans un micromilieu où tout le monde a les mêmes références (les valeurs économiques et les « droits de l’homme »), où tout le monde se tutoie et s’appelle par son prénom, où les mêmes relations incestueuses unissent journalistes, hommes politiques et show-business. Pour ces gens-là, le monde extérieur, le monde réel, n’existe tout simplement pas.
Et comme leur discours ne passe plus, ils sont de plus en plus haineux, de plus en plus hargneux. La campagne visant à faire en sorte qu’Éric Zemmour ne soit plus invité par aucun média en est un exemple parmi bien d’autres (souvenons-nous de l’affaire Richard Millet). Les pyromanes jouent aux pompiers, et les porteurs de fausses nouvelles font semblant de s’en prendre aux « fake news » pour mieux s’ériger en tribunal. On assiste à ce spectacle incroyable de journalistes qui dénoncent leurs confrères et pointent du doigt ceux qu’il faut ostraciser. Ayant déjà perdu le pouvoir culturel, ils s’efforcent de constituer un contre-pouvoir, non plus face à la puissance d’État, mais face aux pensées non conformes, ce qui les transforme en petits flics, en curés inquisiteurs, en procureurs au petit pied pour le compte de l’idéologie dominante, c’est-à-dire, comme toujours, de la classe dominante. Autrefois, la presse était victime de la censure. Aujourd’hui, elle est devenue le vecteur principal de la censure. « Le problème, dit Frédéric Taddeï, aujourd’hui exilé sur RT France, c’est que vous n’avez plus de vrai débat à la télévision française et que ça n’a l’air de gêner aucun journaliste. » Derrière tout cela, il y a de la peur. La peur d’une vague qui monte et que rien, bientôt, ne pourra plus endiguer.
Il est souvent prétendu qu’à sa manière, Internet réhabiliterait la lecture, et qu’en fait les Français liraient de plus en plus. Pieuse illusion ?
Le cinéma n’a pas tué le théâtre, la photo n’a pas tué la peinture. On sait bien, aussi, qu’Internet et le papier se complètent plus encore qu’ils ne se font concurrence. Mais il ne faut pas tout confondre. Quand on parle de la lecture dans le grand public, il faudrait déjà savoir qui lit quoi. Le lecteur de Closer et celui du Débat n’ont pas tout à fait le même profil ! Quand on dit que 91 % des Français lisent des livres, ce qui place la France au neuvième rang des pays qui lisent le plus (les États-Unis n’occupant que la 24e place), on ne sait pas toujours si ce sont des polars ou des œuvres littéraires de haute volée.
Ensuite, la lecture à l’écran est très différente de la lecture d’un livre imprimé. Outre que la première est cause d’une fatigue visuelle beaucoup plus intense, la façon dont l’œil se déplace en lisant n’est pas la même. La lecture numérique est souvent interactive ; contrairement à la lecture papier, elle ne se limite pas à une seule tâche à la fois. Les spécialistes de psychologie cognitive l’ont observé : à l’écran, la lecture se fait en diagonale et par saccades, dans l’immédiateté, ce qui interdit le retour en arrière, la pensée profonde et la réflexion critique. Les circuits neuronaux doivent s’adapter à cette perte des repères spatiaux, due à la disparition d’un lien logique dans la lecture. Si Internet « réhabilite la lecture », c’est donc d’une autre lecture qu’il s’agit. Les enseignants ne devraient pas l’oublier.
Entretien réalisé par Nicolas Gauthier |