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21/10/2014

ENTRETIEN AVEC...

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Alain de Benoist

Les mauvais traitements aux animaux

me scandalisent plus que ceux aux humains !

 

Dans un entretien jadis accordé au défunt bimensuel « Flash », vous aviez assuré être contre la peine de mort, sauf pour ceux qui font du mal aux chats ! Au-delà du bon mot, pouvez-vous préciser votre pensée ?

Vous exagérez un peu. Ce que je disais, c’est que ceux qui font du mal aux chats mériteraient d’être emprisonnés à vie (leur prison étant évidemment gardée par des chiens !). Que voulez-vous que je précise ? On dit souvent que le chien est le « meilleur ami de l’homme ». Avec les chats, il ne s’agit pas d’amitié, mais d’amour. Comme beaucoup d’écrivains, j’éprouve un amour passionnel pour les chats. Ce genre de choses se constate, s’éprouve, mais ne s’explique pas. De façon plus générale, les mauvais traitements infligés aux animaux me scandalisent encore beaucoup plus que les mauvais traitements infligés aux humains. En faisant pareil aveu, je choquerai sûrement beaucoup de vos lecteurs, qui estimeront que les animaux les plus attachants ne peuvent quand même pas être placés au niveau des hommes. Je ne suis pas de cet avis. Sans même considérer les animaux comme des personnes, ainsi que l’a fait mon ami Yves Christen dans un livre récent (L’animal est-il une personne ?, Flammarion, 2009), je pense que la comparaison est tout à fait possible. J’aggraverai encore mon cas en ajoutant que je ne crois pas un instant à l’égale qualité des âmes humaines, et pas un instant non plus que les animaux n’ont pas d’âme. Vous remarquerez d’ailleurs que le mot « animal » vient d’anima, qui est le nom latin de l’âme !

 

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Du plus loin qu’on puisse remonter, les animaux ont longtemps été déifiés. Même saint-François d’Assise leur prêtait une sorte d’« âme », tandis que le prophète Mohamed promettait une place au Paradis aux meilleurs d’entre eux. D’autres exemples ?

Les musulmans passent pour n’aimer ni les chats ni les chiens, mais une légende raconte en effet que Mohamed, ayant voulu mettre sa robe, trouva un jour sa chatte Mu’izza endormie sur l’une de ses manches : plutôt que de la déranger, il coupa la manche et la laissa dormir. Dans l’Égypte ancienne, on révérait la déesse-chatte Bastet, qui était peut-être à l’origine une lionne. En Europe, s’il est vrai que les Celtes semblent avoir préféré les chiens (le nom du grand héros Cúchulainn signifie « chien de Culann », tandis que Cenn Chaitt, « tête de chat » est le nom de l’usurpateur Cairpre, qui causa la ruine de l’Irlande), la religion germanique nous a laissé le souvenir de la déesse Freyja, dont le char était tiré par deux chats nommés Bygull et Tregull. Fille de Njörd et sœur jumelle de Freyr, Freyja (dont le nom est à rapprocher du mot allemand Frau, « dame ») fut la divinité la plus populaire et la plus vénérée dans les pays nordiques. Déesse de la beauté, de la terre et de la fertilité, elle était aussi considérée comme la première des Valkyries. On peut la comparer à la Grecque Artémis, d’autant que chez les Romains, les chats furent associés à Diane la chasseresse, dont le culte fut assimilé à celui de Bastet.

Dans le christianisme, le chat occupe une place ambivalente. La Journée mondiale des animaux a lieu tous les ans le 4 octobre, qui est aussi la fête de saint-François d’Assise, patron des animaux. Dans certaines églises, on célébrait à cette date une messe pour les bêtes. Dans certaines autres, encore aujourd’hui, se déroulent en septembre ou tous les premiers dimanches de novembre une bénédiction publique des animaux ! À l’instar de saint-François, qui les autorisait à venir boire dans son gobelet, le pape Benoît XVI, pour ne citer que lui, était lui aussi connu pour son amour des chats. Cela n’était pas le cas, malheureusement, de tous ses prédécesseurs, qui ont longtemps vu dans le chat un animal diabolique, chéri comme tel par les « sorcières ». Amis des félins, n’oubliez jamais de vouer à une exécration éternelle le pape Grégoire IX, créateur de l’Inquisition médiévale qui, par la bulle Vox in rama (1233), déclara que toute personne possédant un chat noir méritait le bûcher, ainsi que le pape Innocent VII, qui promulgua en 1484 un édit prescrivant des sacrifices de chats pour les fêtes populaires !

 

Pour leurs animaux domestiques, les Français dépensent des fortunes en aliments et en soins. Aux Etats-Unis, il y a de psychologues pour chats et chiens… Dans le même temps, nombre d’animaux sont effectivement maltraités : le chaton qu’on offre aux enfants pour Noël, et tôt abandonné dès qu’il ne ressemble plus à une peluche. Où est le problème ?

On compte aujourd’hui en France presque autant d’animaux de compagnie que de bipèdes : 63 millions de bestioles contre 65,5 millions d’habitants. La possession d’un animal familier est pour beaucoup un moyen de combattre la solitude, qui ne cesse de s’étendre par ces temps de dé-liaison sociale et de familles éclatées (elle touche aujourd’hui un Français sur huit). Le problème est que l’attention qu’on leur porte relève plus souvent de la sensiblerie que de la sensibilité, et surtout qu’on les apprécie moins pour leur valeur intrinsèque que pour le plaisir que l’on en tire. Cette attitude utilitaire revient à traiter les animaux comme des objets, qu’on acquiert parce qu’on en a envie et qu’on abandonne à la SPA quand on commence à les trouver gênants. Notre époque a remplacé le solide par le liquide, le durable par l’éphémère, l’engagement par le zapping. Le sort des chats et des chiens, de ce point de vue, ne diffère pas tellement de ce qu’on observe entre les humains.

 

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier.

09:44 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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