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13/04/2012

IMPRESSIONS DE MARAUDE...

Maraude du 22 03 2012, Pascal Erre.jpg

  

Par Pascal Erre,

membre du Bureau politique,

conseiller régional de Champagne-Ardenne,

secrétaire départemental de la Marne

 

C'est la deuxième fois que je suis invité par le Pasteur Blanchard  à participer à une maraude sur Paris. J'en ai fait une en 2011 et me voici de nouveau parmi ceux qui souffrent, qu'ils soient Français ou non.

Je revois nos deux polonais du quartier Alésia,  l'un d'entre eux est en France depuis une dizaine d'années : ils n'ont presque pas changé et sont toujours aussi sympathiques. Ils n'ont jamais oublié Jany Le Pen et la portent dans leur coeur. Un soir, elle est venue les visiter. Ils lui avaient demandé des dédicaces de Jean-Marie Le Pen et elle leur avait promis de revenir avec. Une nuit, une voiture aux vitres teintées s'arrête. Une femme en descend, c'est Jany Le Pen, amenant les dédicaces promises.

Avec nos deux polonais, un français, bien malheureux. Il nous demande un cigare, une couverture et un café. Le standard du 115 lui a promis une visite, il attend depuis deux jours.

Près de l'église, nous parlons avec Ahmed. Cela fait quatre ans qu'il est en France... pour se faire soigner du coeur (il connaît bien l'hôpital Pompidou). Mais, il espère repartir un jour en Algérie.

Plus loin, sous un pont, d'autres polonais : Gregor et Patrick, accompagné de son chien, mais aussi Yves et Spiguel. Ils nous demandent aussi des cigares. Yves a été attaqué au couteau par un "jeune" et se plaint de certains policiers.

Nous changeons de quartier. Sous un autre pont du boulevard Blanqui, nous visitons quatre roumains dont une femme, Elisabeth. Ils sont très heureux de nous voir et se plaignent qu'ils n'ont droit à rien... Pas très loin et toujours sous un pont, heureusement qu'il y a des ponts à Paris, nous croisons six sdf français. L'un d'entre eux nous annonce qu'il a un cancer. Et tous nous racontent la même histoire : lorsque les policiers arrivent pour les déloger, ils ne leur donnent que cinq minutes pour faire leurs (maigres) bagages et ils sont toujours suivis de camions-benne qui embarquent systématiquement le peu qu'ils possèdent. Ce sont des français qui n'ont pas grand chose et on leur enlève le peu qu'ils possèdent. C'est déguelasse ! Le Système est fort avec les faibles et faible avec les forts...

Autre quartier, autres gens. Face à la gare d'Austerlitz, près de la brigade fluviale, cinq sans-abri viennent d'être visités par des membres d'une association locale,"Tout part du coeur" qui mise sur l'action de proximité. Elle n'intervient que sur son quartier. Tout comme les "dames de charité" du XIXème siècle, cette association a "ses" pauvres. Ce n'est peut-être pas un mauvais principe. Cela permet de mettre un peu d'humanité dans l'inhumain et dépasse souvent en efficacité les actions désincarnées des grosses bureaucraties associatives ou institutionnelles...

 

Nicolas ancien militaire.jpg 

 

Nous arrivons finalement rue de Rivoli. La pauvreté aux portes du luxe ! Le long du Louvre des antiquaires et des entreprises, des malheureux dorment contre les devantures huppées. En particulier Nicolas... Nicolas, ton nom reste gravé dans ma mémoire. Tu as fait le Liban en tant que soldat français et te voilà aujourd'hui à la rue cherchant à vendre tes dessins. Tous les soirs, tant bien que mal, tu t'aménages ton "chez toi" et tous les matins, tu dois tout remballer. Ah, qu'ils sont beaux et généreux nos gouvernants. Tu as risqué ta peau pour la France : tu es, maintenant à la rue. Quel remerciement ! Louis XIV, lui, avait créé les Invalides pour ses vieux soldats. Mais tout le monde n'est pas un Roi !

Nous roulons vers l'Opéra et je découvre une nouvelle pauvreté. Je n'avais rien vu de semblable il y a un an. Sur les boulevards des Capucines et Haussmann, j'avais le souvenir de quelques individus allongés, çà et là contre les vitrines des magasins. Cette nuit, c'est différent et il faut le voir pour y croire. Nous tombons sur des familles entières de sdf. Elles viennent des pays de l'est et sont de plus en plus nombreuses. Elles me rappellent ces familles biélorusses et arméniennes que ma femme et moi avons aidées en plein froid une nuit de janvier à Châlons-en-Champagne. A la rue, sur le trottoir, avec six jeunes enfants, sans que le SAMU ne cherche à leur trouver un endroit chaud pour les accueillir et les abriter. Cette nuit-là, il a fallu plus de quatre heures ... et la ténacité de deux "affreux" du Front National pour que la préfecture trouve enfin un endroit décent pour ces braves gens qui croyaient, eux aussi que la France était un "Eldorado"...

Nouvelle maraude, nouveaux souvenirs... Ils resteront dans mon coeur. Comment oublier de telles images ? Comment oublier tous ces gens, français ou étrangers, broyés par ce "système à tuer les peuples" ? Une réalité ignorée du plus grand nombre mais qui confirme les analyses du Front National. C'est donc bien volontiers que j'ai accepté de revenir l'année prochaine pour faire une nouvelle maraude. 

Pascal

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