Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/06/2015

Face aux barbares, la civilisation unique ?

 

 

 

philosophes-e1411986993815.jpg

 

 

C’est ainsi que l’actualité présente nous invite à nous méfier du mot « civilisation ». Il est exclu d’évoquer la lutte contre le prétendu « État islamique » comme un choc de civilisations. Tout au plus peut-on opposer LA civilisation à la barbarie. D’un côté, il y aurait l’immense majorité des humains avec leurs différences culturelles et, de l’autre, une poignée de fanatiques qui n’auraient pas lu le Coran. La civilisation, ce serait donc la quasi-totalité de l’humanité. Cette conception large justifierait amplement que les nations européennes, les États-Unis et l’Arabie saoudite forment une coalition contre le terrorisme prétendument islamique. Mais que défend cette coalition ? Les naïfs diront aussitôt : l’humanisme, le respect de l’autre, la tolérance, la liberté, la démocratie. C’est d’ailleurs au nom de ces valeurs que nous rejetons à la fois les djihadistes et leurs adversaires, les régimes autoritaires laïcs, leurs massacres au gaz, et leur implacable tyrannie.

 

 

Malheureusement, cette proclamation ne résiste pas à la critique. Le royaume wahhabite, notre allié, qui règne sur les lieux saints de l’islam, n’est évidemment pas une démocratie. La liberté y est inconnue, la charia y est appliquée avec rigueur. Les décapitations publiques au sabre s’y font simplement davantage dans les formes. On cherchera, en vain, la dose supplémentaire d’humanisme présente à Riyad et absente à Damas. Il est possible, depuis près de vingt siècles, d’être pleinement chrétien en Syrie quand ça ne l’est pas, aujourd’hui, en Arabie saoudite. La différence est la même pour la condition féminine. Nous ne défendons pas une civilisation commune qui n’existe nullement.

 

 

Si l’on descend de l’étage de la réflexion philosophique pour en revenir à l’examen des intérêts réels en jeu, on comprend bien que les États peu démocratiques du Golfe, nos économies et nos puissants groupes pétroliers soient dans le même camp.

 

 

Surtout, ne parlons pas de croisade. Surtout, prenons le temps de réunir quelques pays arabes sunnites, pour montrer que l’islam est avec nous. Défendons nos intérêts économiques, contenons le réveil russe d’un côté et le terrorisme islamiste de l’autre, mais sans jamais préciser ce que nous défendons : une démocratie qui est une confiscation du pouvoir par une oligarchie ? Une égalité proclamée qui est démentie par des écarts totalement illégitimes entre les uns et les autres ? Une tolérance qui prend de plus en plus souvent le visage de la transgression ? Une liberté qui s’autocensure dans la pensée unique ? Une foule d’individus préoccupés de besoins matériels et de satisfactions immédiates et que n’anime plus une foi commune est-elle capable de se défendre ? Peut-elle empêcher qu’en son sein des dissidences ne se forment ? Peut-elle éviter que le vide spirituel ne soit comblé chez certains par de dangereux substituts ? Selon Valéry, une civilisation est mortelle. Elle est d’autant plus proche de la mort qu’elle oublie ce qu’elle est, comme la civilisation occidentale oubliant qu’elle est issue du mariage réussi de la pensée grecque et du message chrétien.

 

 

Christian Vanneste dans Boulevard Voltaire

 

09:53 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.